ANIMAL LECTER
UN THRILLER DÉRANGEANT ET OBSESSIONNEL
Avec Animal Lecter, Vincent Villa nous entraine dans un thriller sombre et éprouvant, où les frontières entre l’homme et l’animal se brouillent dangereusement. Disparitions inquiétantes, trafics, violences indicibles et obsession de la traque composent un récit dense, porté par une écriture travaillée et des chapitres courts qui entretiennent une tension constante. L’auteur aborde des thématiques dures, sans complaisance, tout en évitant l’insoutenable, préférant suggérer l’horreur plutôt que la décrire frontalement.
Chronique Roman : Animal Lecter • Vincent Villa
L’adjudant-chef Étienne Malard s’est mis en disponibilité de la gendarmerie. Sa vie est figée depuis la disparition de sa femme Léna, survenue six mois plus tôt. Partie courir seule après une dispute, elle ne donnera plus jamais signe de vie. Aucun témoin, aucun indice exploitable, aucun téléphone pour la localiser. Seulement une zone boisée, des étangs, et l’obsession d’un homme qui refuse d’abandonner.
Accompagné de Hydro, un Saint-Hubert chien pisteur, Étienne s’acharne à fouiller la forêt de Versailles. Chasseur dans l’âme, il ne cherche pas seulement son épouse, mais aussi le prédateur qui rôde dans le secteur depuis des années. Léna serait la troisième femme disparue dans des circonstances similaires, après Cécilia Berges et Élodie Lore, toutes volatilisées alors qu’elles allaient courir au même endroit.
Alors que cette affaire personnelle le consume, un autre drame vient percuter son quotidien. Sa fille Estelle, jeune femme de vingt-cinq ans, thérapeute spécialisée dans l’accompagnement par le cheval, est confrontée au vol d’un animal dans son haras. Un événement qui pourrait ne pas être isolé.
Parallèlement, Sandra, secrétaire dans un cabinet vétérinaire et meilleure amie d’Estelle, mène une lutte acharnée contre la zoophilie sous le pseudonyme d’Actéon. Lanceuse d’alerte, elle infiltre des forums fréquentés par des zoosexuels afin de collecter des preuves numériques. Lassée de se cacher derrière un écran, elle décide de franchir une ligne dangereuse en se rendant à un rendez-vous nocturne, entraînant Estelle avec elle.
Sur place, elles découvrent un homme abattu de deux balles. Dans ses affaires, une carte portant la mention ANIMALAND. Très vite, la police établit que les téléphones de Sandra, Estelle et Étienne Malard ont borné dans la zone du crime, sans que le lien entre eux ne soit immédiatement compris.
L’enquête révèle que l’arme utilisée a déjà servi dans une affaire similaire cinq ans auparavant, où une femme avait été retrouvée morte dans la forêt d’Orléans. Chez la victime, les autorités découvrent des vidéos de zoophilie, des preuves de vols d’animaux et une réalité glaçante impliquant également son épouse.
Malgré les mises en garde, Sandra poursuit ses investigations, convaincue de l’existence d’un réseau occulte mêlant cruauté animale, trafics et crimes ritualisés. Son acharnement attire l’attention de ces prédateurs. Le danger devient immédiat.
Étienne, épaulé par la capitaine Corinne Belmont, sa meilleure amie, met peu à peu au jour un vaste trafic de vols et de recel d’animaux, des chiens aux chevaux, lié à des affaires de meurtres et à des mises en scène macabres utilisant des têtes d’animaux sur des corps humains. Un jeu de piste morbide, où chaque indice mène à une autre histoire et d'autres personnages.
La traque se transforme en duel. Étienne sent qu’il n’est plus seulement le chasseur, mais aussi la proie. Sauver Sandra devient une urgence vitale, tandis que la disparition de Léna semble intimement liée à cet engrenage criminel.
AVIS ROMAN : ANIMAL LECTER • VINCENT VILLA
Animal Lecter est un thriller particulièrement sombre qui s’attaque à des thématiques parmi les plus dérangeantes. Violences sexuelles sur les animaux, jeux sinistres orchestrés par des individus aux instincts sexuels et meurtriers désinhibés, trafics d’animaux, vidéos zoophiles, cruauté animale… Le roman ne cherche jamais à rassurer. Il confronte le lecteur à une réalité glaçante, rappelant d’ailleurs que les atteintes sexuelles sur un animal domestique sont passibles de trois ans d’emprisonnement et de quarante-cinq mille euros d’amende.
L’intrigue mêle de nombreuses affaires et une galerie de personnages conséquente. Cette richesse narrative rend parfois la lecture exigeante, avec beaucoup d’histoires entremêlées, de pistes à suivre et de fils à relier. J'ai eu relativement beaucoup de mal à rentrer dans l'histoire. Mais il faut accepter de s’y perdre légèrement, pour en apprécier le contenu.
Certaines images ont une symbolique forte, ce qui peut déranger, mais offrent une l’atmosphère oppressante au récit. Sandra, quant à elle, se jette clairement dans la gueule du loup. Son entêtement, et ces prises de risques constantes nourrissent la tension du roman.
J’ai beaucoup apprécié l’écriture de Vincent Villa, capable de tourner ses phrases avec élégance malgré la violence des sujets abordés. Les chapitres courts et les changements fréquents de points de vue apportent une vraie dynamique au récit. On passe sans cesse d’un personnage à l’autre, ce qui maintient un rythme soutenu et un véritable côté thriller. Cette construction donne envie d’enchaîner les chapitres, dans l’attente de la suite, de la prochaine révélation.
Ce qui fonctionne particulièrement bien, c’est la manière dont l’auteur traite ces thèmes extrêmes. Les sujets sont durs et violents, mais jamais décrits de façon insoutenable. L’horreur est suggérée, posée en toile de fond, laissant au lecteur le soin d’en mesurer toute la gravité sans être noyé dans des détails inutiles.
Un roman dense, parfois difficile à suivre par la multiplicité de ses intrigues, mais porté par une écriture maîtrisée et une cohérence thématique forte. Animal Lecter s’adresse clairement à des lecteurs avertis, prêts à plonger dans un thriller noir où les pires fantasmes trouvent un terrain de jeu glaçant.
EXTRAITS ROMAN : ANIMAL LECTER • VINCENT VILLA
Sandra ponctua sa phrase en même temps que foisonnaient les palpitations dans sa poitrine. Lassée d’hameçonner les pervers depuis son bureau et de constituer des dossiers incriminants avec captures d’écran et autres preuves numériques, elle souhaitait récolter un support plus concret à une dénonciation, une plaque d’immatriculation par exemple. Pour la première fois en sept ans, elle allait convertir l’engagement virtuel en réelle prise de risques.
Vous m’avez l’air déjà à fond ! C’est parce que vous avez piégé votre acheteur en quête d’un canidé pour les plaisirs obscurs de madame ? Impliqué lui aussi dans une association de défense des bêtes, son patron était une des très rares personnes admises dans le secret de ses activités clandestines. Mais la conclusion macabre de sa soirée ne pouvait favoriser un épanchement de confidences [...] Restez derrière votre écran, vous êtes en sécurité et vous faites un maximum de dégâts. Pas besoin de partir à la chasse aux tordus sur le terrain
Cependant, le supposé rencard impromptu d’Estelle à presque minuit ne parvenait pas plus à le convaincre que les promesses de sobriété d’un alcoolique invétéré. Et il ne pouvait s’empêcher de corréler l’élimination d’un agresseur d’animaux avec les agissements souterrains de Sandra, sa meilleure amie, la complice active de ses trop rares fous rires et la spectatrice impuissante de ses trop nombreux moments de blues. Depuis la nuit précédente, un mélange d’instinct et de préoccupation paternelle lui suggérait une connexion même lointaine qui mettait tous ses sens en alerte générale. Alors, la piste des vols d’animaux méritait d’être destituée de son caractère anecdotique.
Le canidé massif fourra sa truffe dans le casque rouge, sollicita ses deux cent cinquante millions de cellules olfactives et entraîna son maître sur un chemin qui allait se dessiner en temps réel au gré de ses orientations. Le gendarme sentit aussitôt revenir des sensations anesthésiées depuis plusieurs mois par le formol de l’inactivité. Aux Étangs de la Minière, il dépensait toutes ses forces à courir après un fantôme pour ne pas être hanté à vie par les regrets. Là, en revanche, il exerçait de nouveau son métier dans la réactivité même si le temps passé depuis la veille tiédissait considérablement la piste du malfaiteur.
Fière et courageuse jusqu’au bout. Mais pas indomptable. T’es résignée, alors que d’autres à ta place essaieraient de courir, de s’échapper.


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