Roman : L'affaire Eva Karel • Oscar Fedal

Chronique Roman : L'affaire Eva Karel • Oscar Fedal

LE POIDS DES SECRETS DANS
L’AFFAIRE EVA KAREL


Le 30 juin 1990, Eva Karel disparaît sans laisser de trace après un match de volley. Vingt-deux ans plus tard, cette absence continue de hanter la petite ville de Moustin. Considérée à l’époque comme une fugue, l’affaire n’a pourtant jamais cessé d’alimenter les rumeurs, les soupçons et les regrets.
À l’occasion de l’ouverture d’une capsule temporelle enterrée l’année de sa disparition, le passé ressurgit brutalement, forçant les anciens camarades d’Eva à se confronter à ce qu’ils croyaient avoir laissé derrière eux. L’affaire Eva Karel d'Oscar Fedal nous plonge dans une enquête où souvenirs, silences et vérités dissimulées s’entremêlent.


Chronique Roman : L'affaire Eva Karel • Oscar Fedal


Le roman s’ouvre sur la disparition d’Eva Karel, brillante lycéenne, capitaine de l’équipe de volley et fille unique de Jiri Karel. Le soir du 30 juin 1990, Eva ne rentre jamais chez elle. Son scooter est retrouvé intact derrière le gymnase, ses affaires de sport toujours rangées, mais aucun indice ne permet de comprendre ce qui s’est passé. Rapidement, la thèse de la fugue est avancée, appuyée par un mot retrouvé par un détective privé engagé par son père. Une version à laquelle peu de personnes croient réellement. L’enquête finit par s’enliser, puis s’arrêter.

Vingt-deux ans plus tard, en juin 2012, la ville se prépare à l’ouverture d’une capsule temporelle enterrée par les élèves de terminale de 1990, à l’initiative d’Eva elle-même. Cette soirée, attendue depuis des années, réunit les anciens amis :
• Maxime Tellier, devenu officier de police judiciaire spécialisé dans les disparitions,
• Lucile, aujourd’hui intermittente du spectacle à Paris,
• Clara, directrice de l’hôtel Belle Rive
• Basile, maître-nageur sauveteur dans la ville voisine.

La capsule contient des lettres, des souvenirs, des objets d’époque… mais aussi un élément impossible : le sac à dos d’Eva, disparu avant même l’enterrement de la capsule. À l’intérieur, un dictaphone avec la voix d’Eva, ainsi qu’une enveloppe. Ce choc relance officiellement l’enquête.

Maxime Tellier, bien que mis à l’écart par sa hiérarchie, ne peut rester spectateur. Cette affaire l’a marqué à vie. Convaincu que la fugue n’a jamais existé, il décide d’enquêter discrètement, quitte à mettre sa carrière en danger. Les investigations font ressurgir les non-dits du passé, les relations ambiguës, les jalousies et les rancœurs. Peu à peu, l’image idéalisée d’Eva se fissure. Derrière la jeune fille parfaite se dessinent des zones d’ombre, des comportements troublants, faits de manipulation, de chantage et de jeux de pouvoir que personne n’avait voulu voir à l’époque.

Les liens entre 1990 et 2012 se resserrent, tandis que Maxime reçoit des menaces et que la pression médiatique s’intensifie. Un allié inattendu refait surface : Nils Baumgartner, le détective privé engagé autrefois par Jiri Karel. Revenu sans y être appelé, il décide d’aider Maxime, non par intérêt personnel, mais par quête de justice. Ensemble, ils tentent de comprendre qui était réellement Eva, et surtout qui connaissait la vérité depuis le début.

Chronique Roman : L'affaire Eva Karel • Oscar Fedal

Avis Roman : L'affaire Eva Karel • Oscar Fedal


Ce roman propose un retour constant entre deux époques, 1990 et 2012, ce qui permet de mesurer le poids du temps sur les souvenirs et les consciences. L’enquête se construit lentement, laissant planer le doute pendant une grande partie du récit, au point d’espérer longtemps qu’Eva soit encore en vie.

L’ambiance est marquée par le deuil, les silences, l’alcool, les menaces et les non-dits. Chaque personnage semble dissimuler une part de vérité, alors que tout paraissait pourtant simple et harmonieux vingt-deux ans plus tôt.

L’intrigue reste agréable à suivre, portée par la détermination de Maxime et par cette question centrale qui traverse tout le roman : qui était vraiment Eva Karel ?

Le roman joue habilement sur deux temporalités – la disparition d’Eva en 1990 et la réouverture de l’affaire en 2012 – ce qui crée un va-et-vient narratif riche en tension et en questionnements. La capsule temporelle sert de pivot pour rouvrir l'enquête ravivée, et replonger la ville dans la suspicion, les souvenirs et les regrets.

Maxime Tellier
, est une figure centrale convaincante : ancien meilleur ami d’Eva devenu policier, il incarne le lien entre passé et présent. Sa motivation repose sur une quête personnelle de vérité. D’autres personnages gravitent autour de lui, chacun avec ses non-dits et secrets, ce qui enrichit l’intrigue sans nous noyer dans une multitude de points de vue. Ce thriller repose sur le mystère de la disparition d’Eva et la mise au jour de vérités enfouies.

Le roman laisse entendre à plusieurs reprises que Maxime Tellier aurait développé un rapport excessif à l’alcool depuis la disparition d’Eva, un événement qui aurait profondément marqué, voire brisé, sa vie. Pourtant, rien dans ses actions, son comportement ou son attitude au quotidien ne vient réellement appuyer cette idée. L’absence de signes concrets de ce mal-être - comme une dégradation visible, des excès assumés ou encore la gueule de bois au réveil ne vient étayer ce mal-être. Cet axe narratif, prometteur mais finalement peu creusé et insuffisamment exploité, aurait pu donner davantage de relief et de crédibilité au personnage, en soulignant un aspect plus fissuré et tourmenté de sa personnalité.

Sinon le style du roman est fluide, et conçu pour maintient l’intérêt jusqu’au dénouement, avec un twist final très sympa que l'on n'a pas vu venir. Le rythme est soutenu avec les intrigues croisées et le mystère bien entretenu jusqu’à la fin. L’affaire Eva Karel est un thriller solide et accrocheur, porté par une intrigue bien ficelée, une atmosphère de mystère persistante



Extraits Roman : L'affaire Eva Karel • Oscar Fedal


C’est bizarre, je sais, parce que je t’ai toujours dit qu’il me laisserait tranquille une fois que j’aurai quitté Moustin… J’ai tout mis en œuvre pour pouvoir m’éloigner de cette ville, on y est presque, enfin, alors je devrais simplement m’en réjouir. Mais malgré tout, il y a comme un sentiment de culpabilité à m’échapper, à m’enfuir, qui me gagne. Comme si une partie de moi, trop peureuse pour partir, voulait convaincre l’autre d’abandonner l’idée, de rester et de continuer à vivre ici, avec ce poids sur les épaules. Parce que même si je partais au bout du monde, je l’emmènerai avec moi de toute façon, ce secret, n’est-ce pas ? Comme mon ombre… Toujours à me suivre à la trace.

Volatilisée un samedi soir, après son match de volley… Plus personne ne l’a jamais revue. Un vrai tremblement de terre dans cette ville où il ne s’était quasiment jamais rien passé. Mais si sa prétendue fugue avait fait autant de bruit dans la région, c’était aussi parce qu’elle était la fille unique de Jiri Karel, un mafieux notoire qui s’était toujours acheté une bonne conduite en faisant quelques « bonnes actions » pour la ville. Lui n’a pas disparu. Quant à l’absence d’Eva, cela fait toujours mal d’y repenser. Que lui est-il arrivé ? Où est-elle ? Est-elle encore vivante ? Toutes ces questions restent sans réponses depuis 22 ans…

Le proviseur Fournier a déterré la capsule temporelle de 1990 hier soir au lycée Saint-Exupéry. La surprise fut totale, mais pas pour les raisons attendues. Le sac à dos d’Eva Karel, l’élève disparue 22 ans plus tôt, y a été retrouvé, contenant sur un dictaphone d’époque, un enregistrement audio de l’adolescente. L’enquête est relancée par la police qui révèle y avoir également trouvé une enveloppe, sans en dévoiler le contenu. Le mystère reste entier sur une affaire qui, par le passé, avait déjà secoué la ville.




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