LE CORRESPONDANT
ENTRE DEUIL ET MONDE INVISIBLE
À seize ans, certains silences pèsent plus lourd que les mots. Le Correspondant d’Amy LORENS s’inscrit dans ces romans adolescents où l’intime prend toute la place, entre mal-être, absence et quête de vérité. Porté par une héroïne en retrait du monde, le récit mêle correspondance scolaire, relations familiales complexes et blessures non refermées. Ce qui commence comme une rentrée presque ordinaire en Normandie bascule progressivement vers une histoire plus troublante, où la frontière entre visible et invisible devient floue.
Chronique : Le Correspondant • Amy LORENS
Agathe, seize ans, est une adolescente effacée, solitaire et discrète. Après un séjour à Londres où elle n’a jamais réussi à s’intégrer, elle retrouve la Normandie verdoyante pour une nouvelle rentrée scolaire. Son seul véritable point d’ancrage reste Fidji, sa meilleure amie, vive, enthousiaste et à l’aise avec les langues étrangères, tout l’inverse d’Agathe qui éprouve une aversion profonde pour l’anglais et la culture britannique.
La situation familiale d’Agathe est lourde. Son père a disparu brutalement deux ans plus tôt, sans explication claire. Depuis, il est injoignable. Les mails qu’elle tente de lui envoyer lui reviennent systématiquement avec la mention « Undelivered mail returned to sender ». Cette absence ronge Agathe, d’autant plus que la communication avec sa mère est quasi inexistante. Elles vivent sous le même toit comme deux colocataires, prisonnières de non-dits, de colère contenue et d’un profond malaise. Agathe soupçonne sa mère de lui cacher la vérité sur le départ de son père, allant jusqu’à envisager les hypothèses les plus sombres.
Comme si cela ne suffisait pas, sa mère enseigne dans le même lycée et devient cette année sa professeure d’anglais, une situation vécue comme une épreuve supplémentaire.
Le quotidien d’Agathe bascule lorsqu’un projet de jumelage avec un lycée londonien est annoncé. Chaque élève devra correspondre avec un étudiant anglais, avant de l’accueillir chez lui quelques semaines avant Halloween. Pour Agathe, c’est un cauchemar.
En parallèle, Agathe poursuit en secret son enquête pour comprendre ce qui est arrivé à son père, jusqu'à ce que Mallaury révèle l’existence d’un monde invisible, un lieu hors du temps et de l’espace, peuplé d’âmes esseulées, endeuillées ou brisées par la vie. Un refuge pour ceux qui ne trouvent plus leur place dans le monde visible. Selon lui, le père d’Agathe pourrait exister quelque part entre ces deux mondes.
Avis : Le Correspondant • Amy LORENS
Le Correspondant aborde principalement le deuil, l’absence, la résilience et l’acceptation, tout en explorant le sentiment de ne pas trouver sa place dans le monde.
Le personnage d’Agathe incarne une adolescente en pleine rupture avec son environnement. Son rejet de l’anglais, ses jugements très durs envers les Anglais et son comportement parfois excessif renforcent l’image d’une rébellion adolescente permanente. Certains éléments sont surprennant, notamment son rapport à l’alcool à seize ans ou le paradoxe d’une mère professeure d’anglais face à une fille incapable ou réfractaire à la langue.
Le roman multiplie les références à Harry Potter et à la langue de Shakespeare, parfois de manière insistante. La bascule vers le fantastique, qui intervient tardivement, introduit le concept du monde invisible, refuge des âmes meurtries. L’idée est intéressante, presque mystique, mais reste selon moi trop peu exploitée. Ce monde n’est ni assez décrit ni suffisamment développé, ce qui laisse de nombreuses zones d’ombre sur ses règles, ses enjeux et son fonctionnement.
La relation entre Agathe et Mallaury, en revanche, fonctionne bien. Leur complicité apporte une certaine douceur au récit. Mallaury apparaît comme un personnage protecteur, apaisant, en contraste avec le caractère d’Agathe.
Cette histoire est légère et accessible, ce qui la rend plus adaptée à de jeunes lecteurs ou à celles et ceux qui recherchent une lecture rapide, centrée sur les émotions et le ressenti. Le roman séduira davantage un public en quête d’une histoire sensible et intuitive, plutôt que des lecteurs attendant un univers très structuré, des enjeux longuement développés ou un monde fantastique pleinement exploité. Une lecture simple, portée par l’adolescence et les sentiments, qui privilégie l’atmosphère à la construction complexe du récit.
Le roman multiplie les références à Harry Potter et à la langue de Shakespeare, parfois de manière insistante. La bascule vers le fantastique, qui intervient tardivement, introduit le concept du monde invisible, refuge des âmes meurtries. L’idée est intéressante, presque mystique, mais reste selon moi trop peu exploitée. Ce monde n’est ni assez décrit ni suffisamment développé, ce qui laisse de nombreuses zones d’ombre sur ses règles, ses enjeux et son fonctionnement.
La relation entre Agathe et Mallaury, en revanche, fonctionne bien. Leur complicité apporte une certaine douceur au récit. Mallaury apparaît comme un personnage protecteur, apaisant, en contraste avec le caractère d’Agathe.
Cette histoire est légère et accessible, ce qui la rend plus adaptée à de jeunes lecteurs ou à celles et ceux qui recherchent une lecture rapide, centrée sur les émotions et le ressenti. Le roman séduira davantage un public en quête d’une histoire sensible et intuitive, plutôt que des lecteurs attendant un univers très structuré, des enjeux longuement développés ou un monde fantastique pleinement exploité. Une lecture simple, portée par l’adolescence et les sentiments, qui privilégie l’atmosphère à la construction complexe du récit.
Extraits : Le Correspondant • Amy LORENS
J'ai hérité d’une lettre manuscrite de la part d’une certaine Mallaury âgée de seize ans comme moi. Je suis agréablement surprise quand je découvre que la lettre est courte et rédigée en français – dans un français approximatif, mais tout de même. À mesure de ma lecture, j’apprends que ma correspondante voue une passion pour les chats et la cuisine – elle ambitionne d’ouvrir son propre restaurant d’ici quelques années. J’apprends aussi que Mallaury a une sœur cadette qu’elle ne voit que très rarement. En revanche, elle ne communique pas sur ses parents – au vu de ma situation familiale déplorable, je ne saurais lui en tenir rigueur et serais mal avisée de lui faire un quelconque reproche à ce sujet. En outre, un de ses chats se prénomme Lupin, en référence à Arsène Lupin, le gentleman cambrioleur, dont elle a lu la totalité des aventures. Elle a par ailleurs visionné l’entièreté des trois parties de la série éponyme diffusée sur Netflix – et en français. Je souligne cet effort, me persuadant que nos échanges épistolaires n’en seront que plus fluides.
Quant à moi, je demeure interdite et prostrée suis pas prête pour ce changement, cette intrusion. Mallaury a l’air plutôt cool certes, mais de là à l’accueillir à la maison, entre mes problèmes relationnels avec ma mère, les jumeaux, mon enquête pour retrouver mon père, mon aversion pour l’anglais… Le timing est mauvais. Très mauvais. Je pourrais la recevoir dans un an ou deux peut-être. Pas avant.


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