BD • Women of the West

Chronique BD • Women of the West

BD • WOMEN OF THE WEST
ENTRE EXIL, CAPTIVITÉ ET SURVIE
 


Avec Women of the West, la bande dessinée donne la parole à celles que l’Histoire de l’Ouest américain a longtemps laissées en marge. À travers une série de récits ancrés entre le XVIIIe et la fin du XIXe siècle, l’album explore des trajectoires de femmes confrontées à la violence, à l’exil, à la domination masculine et au racisme. Une journaliste contemporaine, militante pour les droits des femmes autochtones, sert de passeuse de mémoire en écoutant une chamane lui transmettre ces histoires portées par la terre et les montagnes. Chaque récit s’inscrit dans une époque, un territoire et une lutte différente, mais tous racontent la survie et la résistance dans un monde façonné par la loi des hommes blancs.


Chronique BD • Women of the West


Chronique BD : Women of the WestChronique BD : Women of the West

L’album s’ouvre sur une journaliste à la peau blanche qui entre dans la hutte d’une chamane. Venue recueillir la parole des femmes autochtones, elle est invitée à s’asseoir et à écouter. Les montagnes soufflent alors des récits de femmes ayant vécu l’Ouest dans sa forme la plus brute.

En 1755, en Virginie, une femme est enlevée lors d’un raid de guerriers shawnees. Les hommes sont tués, les bébés massacrés. Femmes et enfants sont contraints de marcher pendant des mois sous les coups et les menaces. La captivité impose séparation, corvées et humiliation. Le retour, lorsqu’il est possible, se transforme en un exil inverse où il faut affronter la nature, la faim et les traumatismes laissés par la violence.

En 1805, dans le Dakota du Nord, Otter Woman, ancienne épouse d’un grand guerrier, est capturée lors d’un raid ennemi. Vendue à un trappeur blanc, elle subit coups, prostitution forcée et négation totale de son identité. Son récit montre la dépossession absolue des femmes autochtones, prises entre deux mondes qui les broient.

En 1852, sur la piste de l’Oregon, Abigail survit à des mois de voyage marqués par la maladie, la faim, les attaques et la mort. À l’arrivée, rien n’est acquis. Il faut s’adapter, reconstruire, nourrir sa famille. Le voyage a forgé son destin de femme de l’Ouest, préparant les combats à venir dans une vie de pionnière.

En 1873, au Colorado, Isabella Bird, fille de pasteur, se retrouve sans argent. Son hôte lui propose de travailler comme cuisinière et de gérer un ranch touristique. Elle découvre la vallée d’Ester Park et fait l’expérience d’une solitude choisie au cœur des montagnes. Pour la première fois, elle ressent un sentiment de liberté et de bien-être profond.

La même année, au Texas, Margaret, devenue cheffe de famille après la mort de ses trois maris, conduit un troupeau de bétail sur des routes interminables. Le voyage est éprouvant, la responsabilité immense. Elle endosse un rôle réservé aux hommes pour assurer la survie des siens.

En 1877, dans le Dakota du Sud, Kitty Leroy, mariée cinq fois, s’installe à Deadwood, attirée par la ruée vers l’or. Dans cette ville dominée par les hommes, une femme n’est qu’un corps marchand. Elle tente de tirer profit d’un monde qui ne lui laisse aucune place digne.

En 1893, en Oklahoma, deux femmes s’opposent : US Deputy Marshal Miller, chasseuse de hors-la-loi travaillant pour la cour fédérale du Texas, et Marshal Curnutt, incarnation d’une féminité bourgeoise et policée. Le récit interroge la légitimité, la loi et la place accordée aux femmes dans l’exercice de l’autorité.

En 1895, dans le Montana, Stagecoach Mary, ancienne esclave, a appris à se défendre pour survivre. La vie ne lui a jamais fait de cadeau, mais elle avance avec courage et un cœur immense, refusant de se laisser définir par son passé.

En 1890, dans l’État de Washington, Mary Achey, peintre pionnière de l’Ouest sauvage, consacre sa vie à représenter la beauté du monde : paysages, peuples autochtones, chasses aux bisons. Peindre devient un acte de survie face à la rudesse de l’Ouest.

Enfin, en 1889, en Oklahoma, Myra Maybelle Shirley, mère de deux enfants, devient hors-la-loi par nécessité. Sa vie de desperado dans les territoires sauvages lui vaut le surnom de “Reine des Bandits”, symbole d’une rébellion née de l’exclusion et de la misère.


Chronique BD : Women of the WestChronique BD : Women of the West

Thèmes abordés : violences faites aux femmes, viols récurrents, liberté entravée, courage, sacrifices, souffrance, survie, domination des hommes blancs, condition des femmes autochtones, résistance silencieuse.

Women of the West
est une lecture rude, parfois éprouvante, tant la violence subie par les femmes est omniprésente. Les viols, les humiliations et la négation des corps féminins reviennent comme une constante, rappelant la brutalité d’un monde régi par la loi des hommes blancs et imposée à celles et ceux qui refusent de courber l’échine. La BD met en lumière une évidence universelle : la force des femmes, leur capacité à endurer, à tenir et à transmettre.

Cependant, malgré des thématiques fortes, certains récits manquent d’intensité émotionnelle. J’aurais aimé découvrir des histoires plus poignantes, portées par des femmes prêtes à tout pour leurs convictions ou une cause plus affirmée. Certaines trajectoires restent en surface et peinent à marquer durablement, ce qui atténue l’impact global de l’album malgré son ambition et son message.




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