L'AUTRE
SUR L’A40, LE DRAME NE DORT JAMAIS
L’autre de Laurent Blondeau plonge le lecteur dans un thriller sombre où les frontières entre justice, obsession et trauma sont floues. À travers le quotidien d’un patrouilleur sur l’autoroute A40, le roman explore les conséquences de la violence, les blessures psychologiques et l’emprise des traumatismes passés, tout en suivant une enquête policière. Retrouvez en ligne, le second roman de l'auteur : Urbex Codex que j'ai également chroniqué.
Chronique Roman : L'autre • Laurent Blondeau
Marc, patrouilleur sur l’autoroute A40 depuis 12 ans, est confronté chaque nuit aux dangers de la route et aux comportements irresponsables des conducteurs. Son métier l’a privé de vie personnelle et l’a rapproché d’un drame familial : sa sœur Juliette a été violemment agressée il y a dix ans par Carl Jacques, un criminel aujourd’hui en prison. Juliette, traumatisée, vit recluse dans un couvent et Marc lui rend visite chaque semaine, espérant comprendre et l’aider.
Une nuit, Marc découvre un véhicule abandonné sur le bas-côté. À l’intérieur, un corps atrocement mutilé, celui d’Éric Lelay, ancien accusé dans une affaire de viol. Ce crime macabre marque le début d’une série : d’autres corps, toujours masculins et liés à des violences sexuelles passées, sont retrouvés sur l’A40, accompagnés de jetons de loto numérotés, signalant un rituel inquiétant.
Pendant que la SRPJ de Lyon, avec la capitaine Emmanuelle Gensac et le lieutenant Ferré, enquête sur ces meurtres, Marc est confronté à sa propre psyché troublée : absences de mémoire, visions étranges, et une obsession quasi mystique pour comprendre le fonctionnement de Carl Jacques afin d’aider sa sœur. Ces visites répétées auprès du violeur sont troublantes mais constituent son moyen de tenter de saisir l’esprit de Juliette et de l’aider à se reconstruire.
La piste d’une communauté sectaire, l’Institut Spiritus Libra, ajoute une dimension mystique et spirituelle à l’enquête, mêlant télépathie, sphères de conscience cosmique et notions d’immortalité de l’esprit, tout en brouillant les frontières entre le bien et le mal.
Marc est à la fois témoin des atrocités et acteur d’une quête intérieure pour sa sœur, confronté à des crimes d’une violence inouïe. Les scènes de cadavres mutilés, les visites répétées en prison, et l’ombre constante de Carl Jacques créent une atmosphère oppressante où nous naviguons entre scènes barbares, quête de réponses et questionnement psychique.
Avis Roman : L'autre • Laurent Blondeau
L’autre de Laurent Blondeau est un roman sombre et troublant, mêlant policier, scènes macabre, questionnements psychiques et introspection psychologique.
Marc est un personnage complexe, pris dans une spirale d’absences de mémoire, de troublantes visions et de questionnements psychiques. Ses visites répétées à Carl Jacques pour tenter de comprendre la psychologie du criminel et trouver des pistes pour aider Juliette, bien que peu crédibles dans la vraie vie, illustrent la manipulation, la descente aux enfers et l’esclavage des pensées qu’il subit. On ressent son obsession et sa détresse face aux traumatismes de sa sœur et l’influence qu’exerce Carl sur son esprit. J'ai trouvé les visites répétées de Marc au violeur de sa sœur difficiles à comprendre. Comment un criminel dans un esprit aussi dérangé pourrait réellement savoir aider sa victime à se reconstruire ? Cela manque de logique et de crédibilité.
Les enquêteurs, comme la capitaine Emmanuelle Gensac et le lieutenant Ferré, apportent un côté plus réaliste au roman, mais l’enquête avance lentement. Il y a une course contre la montre pour arrêter le cinglé et sa série macabre, mais on ne sent pas l'urgence dans le roman qui prend son temps.
Le roman insiste aussi sur l’intensité émotionnelle et le poids du trauma. Juliette est enfermée dans une psyché brisée, silencieuse et immobile depuis dix ans, tandis que Marc fait face à ses propres cauchemars, souvenirs troublants et besoin de thérapie. L’auteur mêle aussi des scènes de violence, réflexions sur la psyché humaine, spiritualité et quête d’immortalité. Les citations bibliques, les références aux têtes perdues et l’idée que seule l’âme peut se conserver hors du corps renforcent le côté surnaturel. Toutes les histoires font référence a des têtes coupées, perdues, égarées...
Certaines répétitions alourdissent néanmoins le récit : les visites incessantes de Marc à Carl Jacques, les retours sur les mêmes lieux ou événements, et l’accent mis sur les mêmes motifs ralentissent le rythme de l'histoire. Malgré cela, ces répétitions servent aussi à créer une atmosphère obsédante, où nous sommes confronté à la quête intérieure de Marc.
L’auteur mélange de manière répétée les termes police et gendarmerie, alors que l’action se déroule sous juridiction de la gendarmerie. Ce mélange n'est pour moi pas adapté. J'ai également repérer quelques incohérences sur la sécurité sur l’autoroute : des faits qui ne sont pas logiques. L’univers est assez oppressant et les personnages complexes font ressentir une tension constante. Le dernier petit bémol et mot de la fin portera sur le titre du roman et la couverture que je trouve trop évocateurs à mon gout, presque spoiler.
Extraits Roman : L'autre • Laurent Blondeau
Sur l’A40, blablabla, découverte macabre cette nuit par un patrouilleur d’un corps sans tête, au volant de sa voiture sur le bas-côté. Les enquêteurs recueillent tous les indices possibles et ont retrouvé l’identité de la victime. Il s’agirait d’Éric Lelay, connu des services de police pour avoir trempé dans une affaire de viol il y a 5 ans à Ambérieu-en-Bugey. L’individu avait été blanchi malgré des preuves avancées par la famille de la victime du viol. Ces preuves n’étaient pas suffisantes pour le condamner, après un vice de procédure savamment orchestré par son avocat. L’affaire avait fait grand scandale dans la région à cette époque. S’agirait-il d’une vengeance de la famille ou d’un crime d’un détraqué de plus qui serait tombé sur lui ? Les premiers éléments de l’affaire n’apportent pas de réponse làdessus et les inspecteurs dépêchés de la SRPJ de Lyon sont en ébullition pour résoudre rapidement ce crime affreux.
Cette fois c’est lui la victime. Ce ne peut être au hasard. Son passé et ses actes l’ont rattrapé. Il serait donc la cible d’une vengeance… Franchement la tête coupée ça ne peut pas être un crime au hasard pour le dépouiller. Il a payé son dû !
Marc a connu les pires étapes : perte de tout, le gouffre dans sa vie, le déni, la rage, la colère et la vengeance. Il espère arriver un jour au pardon nécessaire à une nouvelle ère. Il n’en est pas sûr. Devant l’ignominie des faits, comment parvenir à accepter l’autre, comme il est. Monstre, torturé, irresponsable. Malade c’est sûr.
La fièvre il l’a régulièrement, comme une entrée en transe lorsqu’il passe à l’acte. Et dès sa mise en chasse pour le prochain, il est un autre. Et quelle excitation lorsqu’il imagine ceux qui trouvent ses œuvres. Lorsqu’il lit la presse. Y voit l’histoire racontée par des yeux effrayés et une époque trouble. Personne ne peut l’arrêter, non personne.


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