Roman : Orpheus • Ambre Doe

Chronique PurpleRain : Roman Orphea • Ambre Doe

ORPHEUS :
VISIONS, ATTENTATS ET MANIPULATION


Avec Orpheus, Ambre Doe nous plonge au cœur d’un thriller ancré dans une réalité glaçante. Entre enquête criminelle, visions troublantes et menace terroriste diffuse, le roman explore une société mise à genoux par la peur, la manipulation et le doute.
Dès les premières pages, le récit est flou, installe une atmosphère lourde. Orpheus s’inscrit dans une intrigue dense, volontairement opaque, qui interroge autant la sécurité collective que les mécanismes psychologiques à l’œuvre dans les crises majeures.


Chronique Roman : Orpheus • Ambre Doe


Élodie travaille pour un cabinet de pénalistes tout en poursuivant des études en criminologie. Son rôle consiste à analyser des profils criminels, décortiquer les modes opératoires et repérer ce que les enquêtes officielles auraient pu négliger, afin d’aider Jean-Luc, l’avocat avec lequel elle collabore, à consolider ses dossiers.

Mais Élodie possède une particularité troublante : elle a des visions. Des scènes qui s’imposent à elle avec une précision inquiétante. Parmi elles, une gare bondée, une foule insouciante, puis la certitude d’une catastrophe imminente. Des bombes. Des explosions coordonnées. Une menace invisible que personne ne semble percevoir, sauf elle.

Ces visions prennent rapidement la forme de cauchemars récurrents, accompagnés d’un sentiment de culpabilité écrasant. Élodie est persuadée qu’elle aurait pu agir, prévenir, empêcher l’irréparable. Après des recherches, elle reconnaît la galerie marchande de la gare RER de La Défense. Une révélation qui donne à ses visions une dimension bien réelle.

En parallèle, une affaire sensible secoue les services de police : l’affaire Asset.
Une clé cryptée est retrouvée, contenant des documents d’une complexité extrême. Fichiers dissimulés par stéganographie, chiffrement inconnu, signature numérique liée à des standards utilisés par la CIA, mécanisme d’autodestruction automatique en cas d’intrusion. L’enjeu est tel que la DGSI et Interpol sont immédiatement impliquées, reléguant les enquêteurs de terrain à un rôle d’exécutants tenus à l’écart des informations essentielles.

Les événements basculent lorsque les visions d’Élodie se réalisent. La gare de La Défense est frappée par une explosion, suivie quasi simultanément d’attentats dans les gares du Nord, de Lyon, Montparnasse, Saint-Lazare, ainsi que sur plusieurs lignes de métro parisien. Neuf explosions en quelques minutes. Aucun message. Aucune revendication. Des kamikazes. Une synchronisation parfaite. Une signature militaire.

Pour Interpol, et les experts de la DGSI, il ne s’agit pas de terrorisme idéologique ou religieux, mais d’une véritable guerre psychologique visant à saturer les institutions et à plonger la population dans la peur.

Face à l’ampleur de la crise, les tensions entre services s’intensifient. La DGSI semble vouloir verrouiller l’enquête, tandis que le commissaire Borde et le juge Caron craignent d’être volontairement écartés. Les fichiers contenus sur la clé Asset pourraient être liés directement aux attentats, mais toute tentative d’analyse risque de déclencher des alertes invisibles.

Pendant ce temps, Chris, le mari d’Élodie, ancien militaire à la retraite, vit difficilement son nouveau quotidien. Après s’être consacré à sa famille et à sa fille, le manque d’action et d’adrénaline devient insupportable. Lorsque les attentats frappent Paris et qu’Élodie se retrouve exposée, il décide de l’aider dans ses recherches, incapable de rester spectateur.

Peu à peu, une alliance officieuse se met en place. Borde et son équipe rejoignent Steve Morgan et son escadron d’anciens militaires. Une structure parallèle, affranchie du protocole, prête à agir dans l’ombre pour tenter de mettre fin à cette série noire.

Les attaques se poursuivent, frappant des lieux sans lien apparent - si ce n’est leur capacité à générer la panique. L’objectif devient plus clair : fracturer la société, manipuler l’opinion, alimenter la peur par l’image et non par la vérité.

Les révélations autour des capacités psychiques, de la manipulation mentale et de la désinformation massive soulèvent une question centrale : comment stopper une menace qui ne cherche pas à revendiquer, mais à désorienter durablement ?


Chronique PurpleRain : Roman Orphea • Ambre Doe

AVIS ROMAN : ORPHEUS • AMBRE DOE


Orpheus aborde des thèmes forts et actuels : terrorisme moderne, guerre psychologique, manipulation médiatique, santé mentale, capacités psychiques et peur collective.

La lecture n’est cependant pas immédiate. Le début de l’enquête autour de l’affaire Asset est particulièrement complexe. La sensation dominante est celle d’entrer dans une histoire déjà commencée, sans repères clairs. Les enjeux, les relations entre les personnages et même certains rôles institutionnels restent longtemps flous.

De nombreux personnages apparaissent sans véritable présentation. Parce qu’ils se connaissent déjà entre eux, le lecteur n’a accès qu’à des fragments d’informations, ce qui renforce la confusion. Il faut attendre environ le chapitre 43, soit près de 30 % du roman, pour que l’ensemble commence réellement à s’éclaircir, un délai trop long et qui a failli me faire plus d'une fois arrêter ma lecture en cours de route, car je ne comprenais tout simplement pas le but de ma lecture, les personnages et l'univers.

Le personnage d’Élodie, pourtant central, reste en retrait sur le plan émotionnel. J'aurais aimé retrouvé plus de psychologie autour de ce personnage. Peut-être même avoir un roman parlant à la première personne avec le personnage d'Élodie pour avoir accès à ses sentiments et son réel ressenti. Son investissement est souvent affirmé par les autres protagonistes, mais elle reste en retrait dans la narration. Ses peurs, ses doutes et son combat intérieur sont survolés, ce qui crée une distance, malgré l’importance de ses visions dans l’intrigue.

Là où le roman se distingue, c’est dans son traitement de la manipulation. L’auteur joue habilement avec les visions d’Élodie, brouillant la frontière entre perception, réalité et interprétation. Cette ambiguïté est efficace et volontairement trompeuse. L'écriture est aussi très précise, incisive et directe. 

Je comprend le besoin de l'auteur de vouloir faire une suite à ses précédentes aventures, qu'elle a développée avec les mêmes personnages, mais je trouve cela dommage. Orpheus
 est un thriller dense, ambitieux, parfois exigeant, qui mise davantage sur la construction d’une menace globale et psychologique que sur l’introspection de ses personnages. Une lecture marquante par ses thématiques, mais qui peut déstabiliser par son rythme et son choix narratif.





EXTRAITS ROMAN : ORPHEUS • AMBRE DOE



J’étais dans une gare… Une foule partout, une vraie fourmilière. Mais moi, j’étais figée, comme coupée du monde. Je savais qu’une catastrophe allait arriver. Des bombes. Partout. Dans la gare, dans les rames de métro… Des centaines de morts. Et pourtant, tout semblait normal. Trop normal. Les gens marchaient, parlaient, riaient… Personne ne se doutait de rien. Et moi, j’étais là, impuissante, me demandant comment prévenir une menace invisible sans passer pour une folle ?

Instantanément, l’air s’embrasa. En un éclair, une onde de choc souffla tout sur son passage. Puis, le chaos. La scène se décomposa au ralenti. Le souffle pulvérisa vitres et murs, projetant des débris acérés dans un tourbillon mortel. Des corps s’envolèrent, désarticulés, fracassés contre les structures métalliques. Certains retombèrent en amas informes. D’autres, en morceaux. Le sol devint un charnier. Membres déchiquetés, têtes presque détachées du tronc, visages figés dans une expression de terreur pure, pupilles dilatées. Certains étaient méconnaissables, carbonisés, broyés. D’autres, encore vivants, rampaient, la peau cloquée, hurlant à s’en déchirer les poumons. L’odeur du sang et de la chair brûlée envahit l’air.

L’air était irrespirable. Chargé d’une odeur âcre, mélange de fumée, de poussière et de vestiges humains. Chaque inspiration semblait s’imprimer dans les poumons, brûlante et insistante. Les murs des laboratoires improvisés vibraient sous les échos des sirènes qui hurlaient, dehors. À l’intérieur, au contraire, le silence pesait, seulement ponctué par les cliquetis secs des instruments. Les techniciens, les pathologistes, les analystes s’étaient enfermés dans une mécanique implacable, presque déshumanisée. Leurs mains, tremblantes mais précises, manipulaient les morceaux de corps, des débris d’os et de métal comme s’il ne s’agissait que de simples objets, d’échantillons anonymes à analyser.

Les chaînes d’informations tournaient en boucle depuis l’aube, incapables de suivre le rythme effréné des événements. Des bandeaux s’affichaient avec des mots devenus presque vides de sens à force de répétition : URGENT, EXCLUSIF, DERNIÈRE MINUTE. À chaque nouveau visuel, les journalistes ajustaient leur discours. [...] Sur le plateau d’Info France, les journalistes peinaient à garder leur calme. Les correspondants, envoyés à la va-vite sur les sites visés, balbutiaient des bribes d’informations contradictoires. Aucun chiffre fiable, aucun communiqué de la préfecture, encore moins de revendication. L’État restait silencieux.





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