Roman : Nancy Clarke • Alicia Ortiz

Avis Chronique Roman : Nancy Clarke • Alicia Ortiz

NANCY CLARKE
ENTRE VENGEANCE ET DOUBLE IDENTITÉ


Avec Nancy Clarke, Alicia Ortiz propose un roman sombre, traversé par la violence du passé et la quête d’identité. Derrière une intrigue de vengeance, l’autrice explore les blessures profondes d’une adolescente brisée, devenue adulte sous une nouvelle identité. Entre drame intime et histoire d’amour troublée, ce récit brouille volontairement les frontières entre réalité, souvenirs et projections mentales.


CHRONIQUE ROMAN : NANCY CLARKE • ALICIA ORTIZ


À seize ans, Mackenzie Snow, surnommée Mack, perd tout. Ses parents sont morts dans un accident de voiture. Avec sa petite sœur Megan, âgée de dix ans, elle est recueillie par le père de sa petite amie Grace Williams, devenu leur tuteur légal.

Mais une nuit fait basculer leur existence.

Dans la maison familiale, Mack est retenue de force par plusieurs hommes proches du cercle du tuteur. Elle est agressée. Megan assiste à la scène. Cette nuit-là, l’enfance s’achève définitivement. Megan est ensuite déclarée morte après avoir été témoin de l’horreur. Roger, l’homme de garde, participe à faire disparaître les traces.

En moins d’un an, Mack a perdu ses parents et sa sœur.

Retrouvée errant sur une route, elle est internée en hôpital psychiatrique. Violente, mutique, enfermée dans sa douleur, elle passe deux ans en asile. Lorsqu’elle reparle enfin, elle prononce un nom : celui de l’héroïne de la bande dessinée que dessinait Megan - Nancy Clarke. N’ayant plus d’identité officielle reconnue, elle devient Nancy Clarke.

Quatorze ans plus tard, Nancy a trente ans. Hackeuse brillante, elle s’est construit une vie de façade : fausses études, fausse biographie, identité reconstruite. Elle est la créatrice d’une application de rencontre à succès et elle prépare sa vengeance depuis des années.

Son plan est précis. Chaques hommes impliqués dans son agression et dans la disparition de sa sœur devra périr. Les victimes s’enchaînent, mais au fil de sa vengeance, le passé refait surface sous une autre forme : Grace Williams réapparaît dans sa vie. Malgré une chirurgie esthétique et une nouvelle identité, Nancy craint d’être reconnue. Leur relation, autrefois fusionnelle, n’a jamais vraiment cessé d’exister dans son esprit.

Avis Chronique Roman : Nancy Clarke • Alicia Ortiz

AVIS ROMAN : NANCY CLARKE • ALICIA ORTIZ


Vengeance, culpabilité, amour, remords

Je m’attendais à un thriller entièrement centré sur la traque et la revanche. Or, l’histoire prend aussi une direction plus sentimentale, avec le retour de Grace et la dimension amoureuse qui occupe une place importante. Cette orientation m’a laissée partagée.

Le début m’a semblé assez léger, parfois prévisible, avec une relation entre Grace et Mack à la limite du niais. Sur la durée, cela passe mieux, mais j’aurais préféré un récit plus tranché, plus centré sur la noirceur et la mécanique de vengeance.

En revanche, j’ai apprécié la construction mentale du personnage principal. Les allers-retours entre passé et présent, entre réalité et projections, créent une vraie confusion volontaire. On ne sait pas toujours où l’autrice nous mène. Cette instabilité reflète bien l’état psychique de Nancy.

Malgré mes réserves sur l’orientation romantique du récit, j’ai trouvé ce roman touchant. Et je dois dire que la couverture est particulièrement réussie. Tout au long du roman, le récit alterne entre présent et souvenirs. Nancy voit régulièrement Megan et Grace dans son esprit. Sa sœur l’accompagne comme une conscience intérieure. Elle sait pourtant qu’elle n’est que le reflet de sa culpabilité.

Nous navigons entre plusieurs niveaux : réalité, hallucinations, rêves, souvenirs fragmentés. Nancy cherche à savoir où sa sœur a été enterrée, mais ne pose jamais directement la question à ceux qu’elle élimine. Son obsession de vengeance semble parfois détourner son objectif premier.

Dans les derniers chapitres, un second point de vue apparaît. Les vingt-cinq derniers pourcents du roman donnent davantage la parole à Nancy elle-même, offrant une autre lecture des événements. Deux versions se superposent, deux vies brisées, deux douleurs parallèles. L’amour, la perte et la vengeance s’entremêlent jusqu’au dénouement.



EXTRAIT ROMAN : NANCY CLARKE • ALICIA ORTIZ



C’était une nuit comme celle-ci que tout allait changer. Le plan, méticuleusement élaboré, était épinglé au mur de la chambre. Chaque cible, chaque nom, chaque visage s’y trouvait. J’avais passé des années à les traquer, à les analyser, à tisser ma toile. Ils m’avaient enfermée dans cet asile, une cage dorée où l’on m’avait diagnostiquée folle, incapable de m’exprimer sans une crise de rage. Leurs mensonges avaient fait de moi une fugitive. Mais c’était la rage qui avait fait naître Nancy Clarke. — Je m’appelle Nancy Clarke. Mackenzie Snow était morte cette nuit-là, ensevelie sous la terre, avec sa petite sœur. Nancy Clarke était née pour la venger.




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