EMPRISE, MEURTRE ET TAROT
« BROUILLER LES CARTES » DE CÉCILE HUGUENIN
CLARISSE FACE À UNE VIE QUI LUI ÉCHAPPE
Clarisse Parker a grandi sous l’autorité d’un père ancien prêtre, convaincu que la mort de sa femme à l’accouchement est une punition divine. Il élève sa fille dans une foi rigide, la destinant à une vie religieuse. Pourtant, Clarisse nourrit une toute autre vocation : la science. Elle mène alors une double vie, dissimulant ses études scientifiques derrière un faux parcours en théologie.
Sa routine bascule lors d’un jogging au Bois de Vincennes. Persuadée de croiser un agresseur, elle se lance à sa poursuite… avant de découvrir qu’il s’agit d’une jeune femme. Cette rencontre marque un tournant. La mystérieuse inconnue, qui se fait appeler Agate, entraîne Clarisse dans une relation intense et troublante. Rebaptisée Topaze, Clarisse devient sa complice dans un jeu dont elle ne mesure pas les conséquences.
En parallèle, un crime secoue la police : un voyant est retrouvé pendu dans le bois, dans une mise en scène reproduisant une carte de tarot. L’affaire intrigue notamment Olivier, jeune policier, et Lukas, enquêteur à la DRPJ, encouragé malgré les réticences de sa hiérarchie.
Très vite, les éléments convergent : le crime semble lié à l’univers du tarot et à une volonté de mise en scène symbolique. L’enquête révèle que la victime n’était pas irréprochable, et que certaines personnes auraient eu des raisons de lui en vouloir.
Dans l’ombre, Agate apparaît comme une figure clé. Animée par un désir de justice personnelle, elle s’en prend à ceux qu’elle considère comme coupables d’escroqueries ou de manipulations. Clarisse, fascinée et amoureuse, se laisse entraîner dans cette spirale. Ce qui commence comme une relation fusionnelle dérive progressivement vers une forme d’emprise, où Clarisse perd ses repères.
Au fil du récit, l’enquête avance, tandis que Clarisse prend conscience de la réalité : Agate n’est pas seulement une rebelle, mais une criminelle prête à aller toujours plus loin. Derrière son discours de justice se cache une violence incontrôlée, nourrie notamment par un passé douloureux.
UN ROMAN QUI LAISSE UN GOÛT MITIGÉ
LES EXTRAITS QUI ILLUSTRENT
Oublier que ma vie est devenue un patchwork de mensonges. Lui, l’ancien prêtre défroqué pour l’amour d’une femme, ce père exemplaire et exigeant, m’a élevée seul en m’assignant dès ma naissance la mission d’assurer sa rédemption, de réparer sa faute. Convaincu que la mort de ma mère au cours de l’accouchement était une punition divine, il m’a baptisée Clarisse et dédiée pour la vie à cet ordre religieux. Si lui a décidé que je serais nonne, moi, j’ai très vite découvert ma vocation. Ma bible et mes évangiles : la chimie, la biologie moléculaire, l’éthologie. Ayant réussi à le convaincre qu’aujourd’hui, il est bon de faire des études de théologie avant de prononcer ses vœux, j’ai pu, sous cette sainte couverture, tranquillement et brillamment poursuivre un cursus scientifique, sur le point de décrocher mon Master de Sciences du Vivant.
Une ombre furtive, silhouette encapuchonnée de noir, se glisse entre les arbres. Les recommandations de la boulangère reviennent en force. Mon cerveau ne raisonne plus, mais laisse l’initiative à un bouillonnement intérieur incandescent. C’est le violeur qui rôde. Et moi, vierge immaculée, je me prends subitement pour la pucelle vengeresse, je vais laver l’honneur des femmes bafouées, humiliées et pire encore. Impulsion irrépressible, irraisonnée, déraisonnable, je bondis hors de mon chemin pour me lancer à sa poursuite à travers le sous-bois.
On a un pendu dans le Bois de Vincennes, qui se révèle être le propriétaire de la vitrine artistiquement décorée de son portrait dans le même état. Il se trouve qu’il s’agit de la reproduction d’une carte du tarot de Marseille, qu’il utilise dans son activité de voyant. J’imagine que votre rationalité soi-disant cartésienne exclut pour vous toute investigation dans ses sulfureuses pratiques.


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