CELLES QUI NE DORMENT PAS
ENTRE MYTHES, CRIMES ET MÉMOIRES OUBLIÉES
Avec Celles qui ne dorment pas, Dolores Redondo retourne sur les terres mystérieuses de la Navarre et du Pays basque qui ont fait le succès de la trilogie du Baztán. Entre enquête criminelle, légendes ancestrales et secrets enfouis depuis des générations, l'autrice construit un récit où la frontière entre réalité et croyances populaires devient de plus en plus floue.
Cette fois, l'histoire suit une nouvelle héroïne, la psychologue médico-légale Nash Elizondo, confrontée à la découverte d'un corps au fond d'un gouffre entouré de récits inquiétants. Une affaire ancienne refait alors surface et entraîne son équipe dans une enquête où les habitants semblent tous protéger une part de vérité.
Résumé complet du roman
À la fin du mois de février 2020, Nash Elizondo, psychologue médico-légale, spéléologue et universitaire spécialisée dans l'étude des mythes et des croyances populaires, mène des fouilles avec son groupe de recherche Kondairak. L'équipe est composée notamment de Gabriel, Mikel, Julio et Xabier, chacun apportant ses compétences en anthropologie, archéologie, histoire ou ethnologie.
Alors qu'ils explorent le gouffre de Legarrea à la recherche d'indices permettant de comprendre l'origine de certaines légendes locales, Nash et Gabriel découvrent une dépouille humaine remarquablement conservée. Le corps appartient à Andrea Dancur, une adolescente disparue trois ans plus tôt.
L'affaire semblait pourtant résolue. La compagne de la mère d'Andrea, Salomé Aduriz, avait été condamnée pour son meurtre après la découverte d'éléments accablants. Mais l'examen du corps remet en question toute l'enquête. Les blessures observées suggèrent qu'Andrea était encore vivante lorsqu'elle est tombée dans le gouffre. D'autres incohérences apparaissent rapidement.
Autour du corps, les chercheurs découvrent également une étrange couronne de petites roses desséchées ainsi qu'un doigt humain appartenant manifestement à une autre personne. Cette découverte ouvre une seconde enquête. Les analyses laissent penser que d'autres corps pourraient se trouver dans les profondeurs du gouffre, certains remontant possiblement à la guerre civile espagnole. Nash obtient alors l'autorisation de poursuivre les fouilles tandis que les autorités s'interrogent sur les véritables circonstances de la mort d'Andrea.
Nash s'installe à Gaztelu afin d'étudier la vie de la jeune fille disparue. Elle rencontre sa mère, son père, son entourage, son petit ami ainsi que plusieurs habitants du village. Très vite, elle comprend que chacun cache quelque chose. Les non-dits, les rancœurs anciennes et les histoires familiales compliquent la recherche de la vérité. Au fil du récit, les fouilles révèlent d'autres restes humains et font émerger des histoires oubliées. Les légendes locales autour des sorcières, des femmes persécutées et des disparues semblent se mêler à des faits réels remontant à plusieurs générations.
Alors que les révélations s'accumulent, le confinement lié à la pandémie de Covid-19 vient bouleverser l'enquête et compliquer encore davantage le travail de Nash. Malgré les obstacles, elle poursuit ses recherches afin de démêler les liens entre les secrets du village, les disparitions de femmes et les drames du passé.
Mon avis sur Celles qui ne dorment pas
Secrets de famille, mémoire historique, légendes basques, disparition d'adolescentes, trahisons, infidélités et poids du passé constituent les principaux thèmes abordés dans ce roman.
J'ai découvert avec plaisir l'ambiance des romans de Dolores Redondo. L'autrice excelle dans l'intégration des croyances populaires, mythes locaux et paysages sauvages de Navarre à ses intrigues criminelles.
J'ai apprécié le personnage de Nash Elizondo. Son profil de psychologue médico-légale apporte une approche différente de l'enquête. Sa capacité à observer les comportements humains et à gagner la confiance des habitants lui permet d'avancer là où les enquêteurs traditionnels peinent parfois à obtenir des réponses.
En revanche, j'ai trouvé que le roman souffrait de plusieurs longueurs. Les passages consacrés à la mère de Nash et à sa maladie occupent une place importante dans le récit. Même s'ils contribuent à développer le personnage principal et trouvent un écho dans son parcours personnel, ils ralentissent régulièrement le rythme de l'intrigue.
Le contexte du début de la pandémie de Covid-19 apporte également une dimension particulière au roman, mais l'enquête manque parfois de dynamisme. Certains développements s'étirent davantage que nécessaire et les rebondissements se font attendre.
Malgré cela, l'histoire reste intéressante grâce à son atmosphère immersive, son ancrage dans les traditions basques et les nombreux secrets qui entourent les habitants de Gaztelu. L'autrice construit progressivement un puzzle complexe où se croisent histoire, croyances et drames familiaux.
Un roman qui séduira avant tout les lecteurs appréciant les enquêtes lentes, les ambiances mystérieuses et les récits fortement enracinés dans une région et son folklore.
Extraits du roman
«L’obscurité accueillit la femme précipitée dans l’abîme. Elle crut entendre les mugissements puissants d’une de ces bêtes rouges des profondeurs. Cela ne dura qu’une seconde, à l’instant précis où elle cessa de sentir les mains qui la poussaient et avant que son visage heurte le ventre granitique des parois du gouffre proches de l’orifice d’entrée. Puis elle tomba. Son corps dégringola, amorphe, dans la faille étroite, se cognant contre la roche vive, perdant des lambeaux de peau aussitôt cautérisés par le frottement. La descente devint un supplice interminable, car elle était consciente que ses os se fracturaient dans la chute. N’ayant plus d’air dans les poumons elle ne pouvait même pas crier. La douleur appelait la douleur et, malgré le noir complet, elle vit une immense lumière rouge exploser sous ses yeux quand son corps se fracassa au sol.
J'imagine que vous avez conscience de l'étrangeté de vos propos. Vous explorez un gouffre perdu dans ces hauteurs pour y chercher d'éventuelles sorcières qu'on y aurait jetées au Moyen Âge, et au lieu de ça vous découvrez le corps d'une jeune fille disparue il y a trois ans. Vous comprendrez que ça puisse paraître pour le moins curieux.
«C'est une sorginkoba, dont la légende est toujours plus ou moins la même. Un dérivé mythologique de la grotte de la Mauresque, une caverne maudite condamnée à la douleur, à l'injustice et à la vengeance. L'histoire d'une femme qui, écorchée vive, mal aimée, folle ou persécutée, se cache ou est jetée dans un gouffre et pleure pour l'éternité. Dans ce cas précis, il s'agissait d'une sorgiña qui harcelait la population en lançant des sorts et dont on s'est débarrassé pour se délivrer de ses charmes.


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