Roman : Le tueur à l'échiquier • Julien Verenne

Chronique Roman : Le tueur à l'échiquier • Julien Verenne

LE TUEUR À L’ÉCHIQUIER :
ENTRE LOI ET COLÈRE


Avec Le tueur à l'échiquier, Julien Verenne installe d’emblée une mécanique implacable. Deux victimes. Deux chaises. Deux pièces d’échecs. Rien n’est laissé au hasard. Le crime n’est pas un débordement - c’est une démonstration. Derrière chaque meurtre, une logique. Derrière chaque logique, un homme persuadé de rétablir un équilibre que la société aurait perdu.
Ce thriller psychologique interroge la frontière fragile entre justice et vengeance, dans un climat médiatique sous tension où l’opinion publique devient une pièce du jeu.



CHRONIQUE ROMAN : LE TUEUR A L'ÉCHIQUIER • JULIEN VERENNE


Au centre d’une pièce plongée dans la pénombre, deux personnes sont attachées, dos à dos. Une seule survivra. Sur le torse de la victime, une pièce d’échecs noire. Sur la survivante, la même pièce en blanc. Le tueur, Jack Brone, agit selon un protocole strict. Il observe, analyse, sélectionne. Il ne s’intéresse pas aux identités mais aux attitudes : mensonge, mépris, lâcheté morale, cynisme ordinaire. Pour lui, la morale est une mécanique. Chaque déséquilibre doit être corrigé.

Le premier meurtre correspond au pion : le feu. Le second au fou : le gaz. Chaque pièce possède une symbolique. Chaque exécution est pensée comme un mouvement sur un échiquier. La partie est ouverte.

Face à lui, le commandant Mathias Selas. Un homme brisé. Son fils Elias, douze ans, a été tué par une balle perdue. Depuis, il survit plus qu’il ne vit. Distant, éteint, usé par les scènes de crime qui s’accumulent. Lorsqu’il découvre le premier corps calciné et la survivante portant un pion blanc autour du cou, il comprend immédiatement qu’il ne s’agit pas d’un simple homicide. Le tueur n’a pas cherché à se cacher - il a laissé une signature.

L’enquête progresse alors que les crimes se poursuivent : le fou, puis la tour. La symbolique évolue. Jack ne veut plus seulement juger, il veut aller plus loin. L’affaire prend de l’ampleur. Les médias s’en mêlent. Les réseaux s’embrasent. Certains commencent à voir autre chose qu’un simple criminel. Plus l’affaire avance, plus la frontière entre justice et vengeance se trouble. La partie continue.

Et Mathias comprend peu à peu que le véritable piège n’est pas seulement criminel. Il est moral.


Chronique Roman : Le tueur à l'échiquier • Julien Verenne

AVIS ROMAN : LE TUEUR A L'ÉCHIQUIER • JULIEN VERENNE


Justice, morale, opinion publique, vengeance, responsabilité collective - voilà les grands thèmes de Le tueur à l'échiquier. L’idée des pièces d’échecs est forte, symbolique, cohérente jusqu’au bout. L’opposition noir/blanc fonctionne, tout comme le parallèle entre Jack et Mathias. Deux visions. Deux règles. Deux trajectoires.

Pourtant, je crois être passée à côté de ce roman.

Je n’ai réussi à m’attacher à aucun personnage. Mathias Selas reste froid, distant, presque transparent. Son passé est douloureux, mais il m’a semblé émotionnellement inaccessible.

Le style, très sec, très court, très incisif, donne un rythme nerveux mais crée aussi une forme de répétition. Beaucoup de phrases brèves. Parfois juste des mots. Cette économie permanente de langage finit par uniformiser la tension.

Le thème des échecs est bien trouvé. L’idée du vote public est intéressante. Mais il m’a manqué une enquête plus construite, plus dense, avec davantage de progression dans la traque.

Plus l’histoire avance, plus le tueur prend de l’assurance grâce à l’adhésion des foules. Ce glissement est pertinent. La frontière entre le bien et le mal devient un visage. Mais émotionnellement, je ne me suis pas sentie percutée. Quand je vois les nombreuses critiques positives, je me dis simplement que je n’ai pas ressenti ce que d’autres y ont trouvé. Et c’est dommage.



EXTRAITS ROMAN : LE TUEUR A L'ÉCHIQUIER • JULIEN VERENNE



Jack se lève. Il marche lentement vers la fenêtre. Tire légèrement le rideau. La ville dort. Ou croit dormir. Là dehors, un autre pion est peut-être en train de commettre l’acte de trop. De glisser sur la mauvaise case. Et lui, il sera là. À l’observer. À le juger. Pas pour se venger. Pas pour punir. Pour rééquilibrer. Parce que l’ordre ne naît pas de l’indulgence. Il naît du jugement. Et ce jugement, désormais, c’est lui.

Lui : quarantaine mal portée, téléphone collé à l’oreille, voix basse, rapide, hachée. Il ment. Évidemment. [...] Elle : silhouette droite, élégance stricte. Manteau beige impeccable, sac griffé, démarche souple mais dominatrice. Elle ne regarde personne. Elle contourne les obstacles humains sans les voir. S’arrête devant une vitrine, fronce le nez à la vue d’un sans-abri assis sous le rebord. Détourne le regard. Elle aurait pu faire un geste. Elle a préféré ne rien faire. [...] Ils ne se connaissent pas. Ne s’adressent pas la parole. Mais dans l’univers de Jack, ils sont déjà liés. Deux pôles opposés d’un même spectre. Deux expressions complémentaires de ce qu’il traque. Il ne sourit pas. Il ne ressent pas de satisfaction. Juste une confirmation. Ce n’est pas une impulsion. C’est une sélection.

Vous êtes vivante parce que vous n’êtes pas innocente. Mais vous n’êtes pas coupable non plus. Vous êtes pire. Vous êtes consciente. »

La phrase n’avait rien à faire là. Elle avait l’air de venir d’un texte. Je me souviens avoir pensé : il parle déjà comme s’il parlait au monde et pas aux gens. — Il faisait des listes ? — Toujours. Papier. Téléphone. Mental. Des verbes, pas des phrases. « Fermer. Tenir. Pousser. Couper. » Quand il disait « couper », il ne parlait jamais d’objets. Il parlait de liens.




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