Roman : Lâche ton com ou crève ! • Romuald Serrado

Roman : Lâche ton com ou crève ! • Romuald Serrado - Avis Lecture Chronique

LACHE TON COM OU CRÈVE
LA FOLIE DOUCE D'UN ÉCRIVAIN INVISIBLE


Et si la quête de reconnaissance littéraire pouvait mener un homme au bord du gouffre et au-delà ? C'est la question vertigineuse que pose Romuald Serrado dans Lâche ton com ou crève !, un roman noir aussi dérangeant qu'impossible à lâcher. À l'heure où l'intelligence artificielle détruit des carrières entières, où les algorithmes décident de qui existe et de qui disparaît, et où un simple commentaire en ligne peut fracasser une estime de soi déjà fragile, Romuald Serrado choisit de raconter l'histoire d'un homme ordinaire, mis au rebut par son époque et qui tente de renaître par les mots. Mais la route vers la visibilité est semée de gifles numériques, d'humiliations publiques et de silences dévastateurs.

Lâche ton com ou crève ! n'est pas un roman feel-good sur la résilience créatrice. C'est un miroir cruel, sur notre rapport à la reconnaissance, à la violence ordinaire des réseaux sociaux, et sur ce qu'un être humain peut devenir quand il se sent définitivement invisible.


RÉSUMÉ COMPLET du ROMAN


Victor Langoisse a 50 ans, et tout s'est effondré. Rendu obsolète par l'intelligence artificielle qui lui a soufflé ses clients un à un, cet homme se retrouve à la croisée des chemins, sans revenus, sans horizon professionnel, mais avec une idée folle : écrire un roman. Pas pour la gloire immédiate, il n'y croit plus vraiment, mais parce que les mots sont la dernière chose qui lui appartient encore. Son roman s'intitule Cœur en miettes. Il choisit l'auto-édition, faute de réponse des maisons d'édition, et publie sur une plateforme numérique.

Très vite, Victor comprend les règles impitoyables du jeu : sans avis, sans étoiles, sans trafic, son œuvre sera engloutie dans les profondeurs de l'algorithme. Cette découverte le terrifie autant qu'elle l'obsède. Il crée un compte Facebook sous son propre nom, tente de se constituer un réseau, de s'introduire dans des groupes de lecteurs. Mais Victor n'est pas fait pour le monde social, ni réel ni numérique : antisocial assumé, il prend chaque commentaire, chaque silence, chaque rejet comme une attaque personnelle dirigée contre lui.

Sur les réseaux, il retrouve Quentin, un ancien camarade de classe qui lui faisait subir du harcèlement scolaire. Plutôt que de fuir, Victor décide d'en faire un allié. Quentin est devenu auteur reconnu, et son soutien pourrait tout changer. Mais Quentin répond avec brutalité et mépris, sans la moindre retenue. Ce rejet, venant de l'unique personne à qui Victor avait tendu la main, provoque en lui une bascule intérieure. La fracture est là, silencieuse et profonde.

Psychologiquement, Victor est un personnage complexe et ambigu : homme blessé, écorché vif, rongé par l'amertume et la jalousie, il aspire désespérément à être lu, aimé, reconnu. Il ne comprend pas les barrières sociales, refuse qu'on lui manque de respect, prend tout au pied de la lettre. Sous la surface d'un homme fatigué couvent des pulsions violentes qu'il peine de plus en plus à contenir. 

La violence s'installe alors dans le roman de manière insidieuse : d'abord une filature, une obsession pour Quentin, puis une confrontation physique qui tourne au drame. Et après ce premier passage à l'acte, quelque chose d'effrayant survient : Victor n'éprouve ni remords, ni culpabilité. Il calcule. Il rationalise. Son esprit, épuisé et acculé, commence à établir des équations monstrueuses entre ses crimes et ses ventes.

Lorsque son premier lecteur laisse une mauvaise note et un avis négatif, l'engrenage s'emballe. Victor récidive. Chaque humiliation numérique, chaque "gifle digitale" devient un déclencheur. L'homme qui voulait juste qu'on le lise est devenu, sans vraiment s'en rendre compte, le harceleur qu'il avait lui-même subi. Et peut-être bien pire.


Roman : Lâche ton com ou crève ! • Romuald Serrado - Avis Lecture Chronique


Mon AVIS et RESSENTI sur Lâche ton com ou crève !


Lâche ton com ou crève ! est un roman qui met profondément mal à l'aise — et c'est précisément là sa force. Romuald Serrado aborde des thèmes d'une actualité brûlante : la déshumanisation par le numérique, la violence invisible des réseaux sociaux, l'obsolescence programmée de l'être humain face à l'intelligence artificielle, la solitude des créateurs auto-édités, et la quête pathologique de reconnaissance à l'ère des algorithmes.

Ce qui frappe dès les premières pages, c'est la justesse du portrait de Victor. On le comprend — et ça, c'est inconfortable. Ses frustrations sont les nôtres : le sentiment d'invisibilité, la terreur du zéro, l'humiliation du silence. Romuald Serrado décrit avec une précision chirurgicale le rapport obsessionnel aux chiffres de vente, aux étoiles, aux avis — ce petit théâtre de la validation numérique dans lequel tant d'auteurs (et pas seulement eux) se perdent.

Mais le roman ne s'arrête pas là. Il pousse la logique jusqu'à son point de rupture, et c'est là qu'il devient vraiment noir. La bascule de Victor vers la violence n'est jamais présentée comme spectaculaire ou héroïque — elle est sournoise, presque banale, ce qui la rend d'autant plus glaçante. L'auteur joue habilement avec l'ambiguïté morale : on ne sait jamais tout à fait si l'on doit plaindre Victor, le condamner, ou les deux à la fois.

Le traitement de la déshumanisation numérique est particulièrement réussi : derrière les écrans, les gens oublient qu'il y a un être humain en face. Romuald Serrado retourne ce constat comme un gant — et si c'était l'humain lui-même qui finissait par oublier son humanité, à force de ne recevoir en retour que des pixels et du mépris ?

Un roman noir, nerveux, dérangeant, qui laisse une trace longtemps après la dernière page.




Extraits du roman



 Je restai un instant figé devant l’écran, la gorge serrée, le doigt suspendu au-dessus de la souris comme si j’allais appuyer sur un détonateur. Une goutte de sueur glissa lentement le long de ma tempe. Essuyer un refus d’une plateforme d’autoédition, après le silence glacial des maisons que j’avais contactées, serait le pire de mes cauchemars. Ce serait la confirmation que même les algorithmes ne voulaient plus de moi.

Trois jours ! Voilà trois jours que je passe mes journées à consulter frénétiquement le rapport de vente de mon roman. À chaque fois, j’actualise la page d’un geste nerveux, appuyant en cadence sur la touche F5 comme si j’essayais de réanimer un corps déjà froid. Mais rien n’y fait. Le zéro trône toujours, massif, cruel, indifférent. Ce zéro qui s’affiche en gros caractères, comme un doigt accusateur pointé vers moi, finit par résonner au plus profond de mon âme. Aucune vente. Aucun lecteur. La lose absolue. 

Les gens, là-bas, derrière leurs écrans, n’imaginent pas une seconde que, pour moi, faire connaître mon roman n’est pas un caprice d’artiste en quête de reconnaissance mais une question de survie. Ils ne savent pas que, derrière chaque publication, chaque message, chaque tentative désespérée d’attirer l’attention, se cache un homme qui joue littéralement sa vie. Je ne peux pas le dire ouvertement — cela tuerait la façade, la mise en scène —, mais la vérité nue est simple : vendre mes livres, c’est garder un toit, repousser l’échéance.Alors oui, je ferai tout pour que mon roman gagne en visibilité, qu’il grimpe dans les classements et se faufile jusqu’à la lumière. Et puisque la plateforme repose sur les notes et les avis, je me plierai aux règles de ce jeu : supplier ceux qui aiment de laisser un retour, rappeler à l’ordre ceux qui oublient, frapper aux portes si nécessaire. J’ai même fixé mes propres limites, comme un pacte intime avec ma raison : ne pas dépasser trois cents kilomètres autour de chez moi. Motivé, obstiné, mais pas totalement fou — et puis, compte tenu du prix de l’essence, il vaut mieux garder une once de lucidité.




 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Merci pour votre commentaire. Bonne journée

Rechercher un article