Roman : Tokyorama • Jean-Christophe Grangé

Roman : Tokyorama • Jean-Christophe Grangé - Avis Lecture Chronique PurpleRain

TOKYORAMA DE JEAN-CHRISTOPHE GRANGÉ
UN POLAR AU CŒUR DE TOKYO


Avec Tokyorama, Jean-Christophe Grangé nous entraîne au cœur du Japon, dans un Tokyo nocturne où l'alcool, les clubs privés et les secrets côtoient les meurtres. Derrière cette couverture rouge et noire se dessine une enquête policière portée par un détective privé alcoolique, bien décidé à comprendre les raisons d'un crime particulièrement violent.

Mais cette immersion dans la culture japonaise, aussi riche que documentée, laisse-t-elle suffisamment de place au suspense ? Entre descriptions minutieuses, personnages difficiles à distinguer et investigation qui tarde à livrer ses réponses, mon avis sur ce roman est plus mitigé que je ne l'aurais espéré.


L'histoire de Tokyorama : un meurtre au cœur de Tokyo


Stéphane Madryka a 57 ans, dont douze passés au Japon. Détective privé, il a fait de la nuit son territoire et de l'alcool son compagnon quotidien. Son alcoolisme est profondément lié à son arrivée dans le pays. Pour lui, boire permet de savourer ses regrets et de prolonger ces heures nocturnes qui rythment désormais son existence. Mais cette dépendance pèse aussi sur son activité professionnelle, au point que son agence accumule les dossiers en souffrance et que ses clients commencent à se plaindre.

Son assistant, Kenta-kun, doit composer avec ce patron alcoolique qui se prend malgré tout pour un fin limier.

L'affaire commence dans un kyabakura, un club japonais où les clients sont accueillis par des hôtesses. Madryka s'y trouve initialement pour une enquête d'adultère, mais la découverte d'un meurtre attire son attention. Hirokazu Ono, un homme d'affaires habitué de l'établissement, vient d'être assassiné dans un salon privé. Son visage a été atrocement mutilé, laissant supposer une attaque particulièrement violente.

La police multiplie les investigations : auditions, recherches de témoins, analyses scientifiques et reconstitution de l'emploi du temps de la victime. Madryka, lui aussi, cherche à comprendre ce qui a pu conduire à ce meurtre. Mais les pistes manquent et les réponses ne viennent pas.

Au fil de ses recherches, le détective fait la connaissance de Barbie, une mangaka qui souhaite réaliser un manga inspiré de lui et de cette affaire. Elle lui propose de suivre son enquête en échange d'une certaine exclusivité. Son projet apporte une dimension supplémentaire à l'histoire, puisqu'elle préfère le détective alcoolique au policier conventionnel.

Yumiko-san, la tenancière du club où le crime a été commis, fait également partie des personnages importants de cette enquête. Autoritaire, mais juste et bienveillante, elle est à la fois responsable des hôtesses et propriétaire de l'établissement. Elle peut apporter des informations précieuses sur la victime et les circonstances du meurtre.

Cependant, les crimes se succèdent et l'enquête peine à progresser. Les victimes, les fausses pistes et les zones d'ombre s'accumulent. Madryka doit continuer ses recherches sans perdre complètement ses moyens, alors que le lien entre les affaires et le mobile restent difficiles à établir.

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Mon avis : Une immersion dans la culture japonaise


Avec ce roman, Jean-Christophe Grangé accorde une place considérable aux traditions, aux usages, aux façons de parler et aux codes sociaux japonais. Nous découvrons notamment le fonctionnement des kyabakura, les marques de respect et les particularités du quotidien au Japon. Cette richesse documentaire constitue l'une des caractéristiques majeures de Tokyorama. Elle permet de mieux comprendre l'environnement dans lequel évolue Madryka, mais elle occupe également une place importante dans la narration.

J'étais curieuse de découvrir ce roman, notamment grâce à sa magnifique couverture qui annonce immédiatement une ambiance sombre et japonaise. Je pensais naïvement retrouver une histoire aussi prenante et sombre que Les rivières pourpres. Malheureusement, ma lecture a été plus laborieuse que prévu.

Ce qui m'a le plus gênée, ce sont les descriptions à rallonge et les nombreux détails qui, selon moi, n'apportent pas grand-chose à l'histoire. On s'attarde sur des éléments du quotidien qui finissent par ralentir considérablement le récit. J'ai parfois eu le sentiment que l'auteur voulait tout expliquer, quitte à perdre de vue l'essentiel.

La culture japonaise est omniprésente. Les traditions, les vêtements, les comportements, les formules de politesse et les explications de vocabulaire s'enchaînent. C'est instructif et l'on sent que le sujet a été travaillé, mais cette accumulation devient parfois envahissante. Entre les termes japonais et les différents noms pour un même personnage, j'ai eu du mal à m'y retrouver. On passe d'Hirokazu Ono à Ono-san, tandis que d'autres appellations viennent encore compliquer la lecture.

J'ai également trouvé que les descriptions de la beauté des femmes japonaises revenaient beaucoup trop souvent. À force d'insister sur leur apparence, le récit donne parfois l'impression de s'éloigner de son objectif policier.

Autre point qui m'a interrogée : je n'ai pas vraiment compris pourquoi Madryka s'investissait autant dans cette enquête, alors que son agence croule sous les dossiers en retard et que ses clients attendent. Cette motivation ne m'a pas paru suffisamment évidente.

Les 40 % du début m'ont semblé particulièrement longs, avec beaucoup d'explications et de descriptions. Heureusement, la suite devient un peu plus fluide : l'enquête se développe davantage, les personnages sont plus faciles à distinguer et les digressions diminuent. Malgré cela, à 80 % du roman, je cherchais encore le point commun entre les victimes et le mobile des crimes. Les fausses pistes s'accumulent et le suspense peine à s'installer durablement. Ce sont surtout les derniers 10 % qui apportent davantage de dynamisme et une dimension plus proche du thriller que j'attendais.

Au final, Tokyorama m'aura surtout permis de découvrir une culture japonaise riche en particularités, mais cette volonté de tout documenter prend trop souvent le dessus sur l'enquête. L'ambiance est là, les thèmes sont intéressants, mais j'aurais préféré moins de descriptions et davantage de place accordée aux investigations et au suspense.

Cette lecture qui pourra séduire les amateurs d'immersion culturelle très détaillée, mais qui m'a laissée sur ma faim concernant l'aspect policier.

J'ai déjà lu plusieurs romans de Jean-Christophe Grangé : L'empire des loups, Kaiken et Le passager. Ce dernier roman se classe en quatrième position dans l'ordre de mes préférences.



Extraits du roman



 Je suis détective privé. Balancé de but en blanc, ça fait de l’effet. Pas dans la ville où je vis. À Tokyo, rien de plus banal. Les privés se comptent par milliers, les compagnies d’enquêteurs se paient des tours de verre et d’acier. Ici, les détectives sont les acteurs essentiels des procédures de divorce. En France, depuis longtemps, l’adultère n’est plus une faute. Au Japon, c’est le contraire : la trahison reste la première raison invoquée pour initier un divorce. Le travail du privé est donc vital, ou plutôt meurtrier : prendre un mari sur le fait, photographier une épouse au sortir d’un love hôtel , voilà du boulot qui pèse dans la balance. 

Leur visage atteint des sommets de sophistication – il y a là des heures de boulot : des crèmes, des poudres, des fards, de l’eyeliner, du rouge à lèvres, du blush, du gloss, du mascara, du khôl, des faux cils, des baumes, des gels, que sais-je encore… Mais le plus fou, ce sont leurs ongles. Le raffinement des filles se trouve pour ainsi dire concentré dans ces griffes aux ornements vertigineux. Sur ces petites surfaces de nacre, on peut en mettre, des choses ! Des pluies de perles, des fresques de fleurs, des ciselures de strass, et même, parfois, de minuscules personnages dans un micropaysage… La manucure japonaise est un art, quelque chose entre la calligraphie et la peinture sur soie… 

Chaque nuit, avant de me coucher, même rituel. Je m’abrutis à coups de scotch, gin, vodka, saké, shōchū… Qu’importe le poison, pourvu qu’on ait le coma. Je ne cherche pas le sommeil, je l’implore. En général, à l’aube, je suis déjà torché comme un jambon, mais il m’en faut encore. C’est alors que je fouille dans ma glacière comme un clodo sa poubelle, que je titube jusqu’au konbini pour m’en acheter encore… 

Je pourrais citer des centaines d’autres règles – elles sont infinies. Le Japon est un pays qui sait se tenir. La vie quotidienne y est fondée sur un réseau de commandements. Comme dans l’armée. Impossible d’y déroger. Votre chemin est balisé et il faut en suivre chaque jalon. C’est à ce prix que vous serez digne d’être connu et fréquenté. Mais ne vous faites pas d’illusions : vous ne deviendrez jamais japonais.



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