L’AUTRE MOI DE FRANCK THILLIEZ :
QUAND LES RÊVES DEVIENNENT UNE MENACE
Avec L’Autre moi, Franck Thilliez nous entraîne dans une histoire où les certitudes disparaissent progressivement. À Longepin, au cœur de la forêt de la Grande Chartreuse, Sibylle doit affronter des cauchemars si précis qu’ils semblent parfois se confondre avec la réalité.
Entre amnésie, sommeil, souvenirs fragmentés et événements inquiétants, le lecteur se retrouve rapidement dans la même position que l’héroïne : il cherche à comprendre ce qui est réel, ce qui appartient au rêve et ce qui pourrait se cacher derrière les souvenirs qu’elle ne parvient plus à retrouver.
L’HISTOIRE DE L’AUTRE MOI
TROIS HISTOIRES QUI FINISSENT PAR SE REJOINDRE
Dans L’Autre moi, Franck Thilliez construit son intrigue autour de plusieurs situations vécues par Sibylle, qui semblent d’abord appartenir à des histoires différentes. Nous avançons progressivement, avec cette sensation étrange que certains événements se répondent sans que l’on comprenne encore pourquoi.
La première nous conduit dans un environnement psychiatrique. Sibylle est confrontée à une patiente particulièrement inquiétante. Cette femme refuse de révéler son identité et répète inlassablement un même mot : « Longepin ». Elle affirme avoir commis un meurtre pendant son sommeil et explique qu’une mystérieuse figure, appelée le Veilleur, apparaîtrait dans ses rêves pour tuer des personnes qu’elle aurait simplement regardées.
UNE NUIT QUI COMMENCE PAR UN SIMPLE COVOITURAGE
La deuxième situation nous place avec Sibylle dans une voiture, en pleine nuit, aux côtés de Lili. Les deux femmes font simplement du covoiturage lorsqu'un accident vient bouleverser leur trajet. Sur la route, elles vont être confrontées à une femme blessée et tenter de lui venir en aide. Un homme leur explique ce qui s'est passé et les événements vont progressivement les conduire jusqu'à Longepin, en pleine nuit. Plus la nuit avance, plus elle a l'impression que quelque chose ne tourne pas rond. Les événements qu'elle vit semblent étrangement familiers et certains détails font écho à ce qui s'est déjà produit dans la première partie.
SYBILLE ET ERWANN À LONGEPIN
Puis nous retrouvons Sibylle auprès d'Erwann, son compagnon. Tous deux s'apprêtent à emménager à Longepin, un endroit qui va rapidement devenir beaucoup plus important qu'un simple lieu de vie.
Sibylle porte déjà un lourd traumatisme. Après la mort de son fils, sa mémoire s'est profondément fragmentée. Elle souffre d'une amnésie traumatique et certains souvenirs de son passé lui échappent complètement. Elle connaît également des épisodes de somnambulisme.
Son arrivée à Longepin ne va donc pas être aussi paisible qu'elle aurait pu l'espérer. Le lieu lui inspire progressivement un sentiment de malaise. Elle se sent observée, surveillée, et certains événements vont réveiller des souvenirs qu'elle ne parvient pas toujours à remettre en ordre.
Les trois histoires commencent progressivement à communiquer entre elles. Les personnages, les lieux, les événements et les détails qui semblaient appartenir à des univers séparés se répondent. Longepin revient sans cesse. Le Veilleur également. Le labyrinthe prend une nouvelle dimension.
Sibylle doit alors essayer de comprendre ce que son esprit cherche à lui révéler, tout en tentant de distinguer ses souvenirs, ses rêves et ce qui se déroule réellement autour d'elle.
En parallèle, l'enquête menée par les policiers Vic Altran et Vadim Morel apporte une autre perspective à l'histoire. Plusieurs crimes particulièrement violents sont commis.
Rien n'est aussi simple qu'il n'y paraît. Mais pour savoir où se trouve réellement la frontière entre rêve et réalité, il faudra accepter de se perdre avec Sibylle dans ce véritable labyrinthe.
Rien n'est aussi simple qu'il n'y paraît. Mais pour savoir où se trouve réellement la frontière entre rêve et réalité, il faudra accepter de se perdre avec Sibylle dans ce véritable labyrinthe.
MON AVIS SUR L’AUTRE MOI
Ce que je retiens avant tout de L’Autre moi, c’est cette impression permanente de ne jamais savoir où se trouve la vérité. Les thèmes de la mémoire, du traumatisme, des rêves, de l’identité et de la perception de la réalité sont constamment liés les uns aux autres.
Tous les mondes de Sibylle s’emboîtent les uns dans les autres. C’est très déconcertant, parce qu’on finit par se poser exactement les mêmes questions qu’elle : quel monde est le vrai ? Est-ce un refuge ? Une malédiction ? Une conséquence de ce qu’elle a vécu ? Ou quelque chose que son cerveau tente de lui faire comprendre ?
Franck Thilliez sait maintenir ce questionnement quasiment tout au long du roman. Il nous donne des morceaux de réponse, puis introduit un nouvel élément qui vient remettre en cause ce que l’on pensait avoir compris. On avance donc dans l’histoire comme dans un immense puzzle dont certaines pièces semblent volontairement manquer.
Et c’est précisément ce qui m’a plu.
J’ai particulièrement aimé cette construction labyrinthique et cette façon de nous faire perdre nos repères. On cherche constamment à remettre les pièces dans le bon ordre, à comprendre les liens entre les différents personnages et à déterminer ce qui appartient au rêve ou à la réalité.
L’ambiance à Longepin fonctionne également très bien. Sibylle y ressent progressivement une véritable chape de plomb. Elle se sent observée, surveillée, et quelque chose dans cet endroit lui paraît profondément anormal. Le climat devient de plus en plus étrange et malaisant, ce qui renforce encore la sensation d’enfermement.
J’ai aussi apprécié la présence de l’enquête policière en arrière-plan. Elle donne du corps au récit et permet de ne pas rester uniquement enfermé dans les perceptions et les cauchemars de Sibylle, en huit clos.
L’Autre moi est un thriller qui joue énormément avec notre perception. Franck Thilliez nous fait entrer dans le labyrinthe de l’esprit de Sibylle et nous oblige à avancer sans jamais pouvoir nous accrocher totalement à une certitude.
Une chose est certaine : il sait parfaitement comment nous faire des nœuds au cerveau et distiller les pièces de son puzzle au fil des chapitres. Et lorsque l’on pense enfin comprendre ce qui se passe, le doute revient aussitôt.
Extraits du roman
Quand notre sujet a pu de nouveau s’exprimer, il a prétendu avoir commis un crime en dormant. Puis il a affirmé que son seul moyen d’éviter d’autres meurtres à l’avenir, c’était soit de ne plus jamais dormir, soit de se tuer, ce qu’il a donc cherché à faire.
Enfin non, tout n’allait pas bien. Ce qu’elle venait de vivre, ça ne pouvait pas être seulement un rêve. Cet éboulement avait vraiment eu lieu. Avec Lili, elles avaient vraiment dû dévier de leur route dans la nuit et atterri à Longepin sous la pluie. Bon sang, elle se rappelait tout ça. Les gouttes d’eau de la tempête sur son visage, la silhouette menaçante, la douleur de la coupure dans sa chair. Longepin, Longepin. Sibylle détourna le regard. Longepin, comme le Longepin écrit en grand sur le dossier de présentation posé sur sa table de nuit, juste là, à sa gauche. Bien sûr. Le village au cœur de cette fameuse forêt de la Chartreuse, là où ils allaient emménager d’ici à deux jours avec Erwann. Il s’agissait donc encore d’un de ces rêves hyper détaillés. Une saloperie de cauchemar imbriqué au réalisme stupéfiant.
Qu’est-ce qui lui assurait que tout ceci était bien réel, cette fois ? À la mort de son fils, elle avait perdu pied et, surtout, sa mémoire avait volé en éclats. De sa vie d’avant il ne lui restait plus qu’un puzzle éparpillé dans sa tête. « Amnésie traumatique », avait diagnostiqué un spécialiste, également ami d’Erwann. Une pure manifestation psychologique. En attendant, son passé, sa mémoire biographique se résumaient à des lambeaux de souvenirs disparates. Juste quelques balises qui jalonnaient ses trente-six ans d’existence et lui en donnaient une vision en pointillé. Les crises de somnambulisme, s’étaient manifestées encore après.

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