AUGUSTE, L'AVENTURIER :
UN POLAR À L'ANCIENNE
Un meurtre en Bretagne et une disparition pendant la guerre
Août 1944. Alors que Paris vit les derniers jours de l’Occupation allemande, Suzanne, jeune employée de maison d’origine bretonne, cherche désespérément sa sœur aînée, Louise, disparue depuis 1940. Un message lui apprend que celle-ci serait toujours vivante, mais retenue prisonnière quelque part dans la capitale, dans un cabaret fréquenté par des truands.
Déterminée à la retrouver, Suzanne entreprend ses recherches. Elle sollicite l’aide d’Auguste Le Léon, un Breton comme elle, qui dirige des établissements clandestins dans le milieu parisien. Une démarche qui la plonge dans un univers de trafics, de prostitution et de règlements de comptes, alors que la Libération approche.
Août 1976. Le corps du général Guyot de Kernavoelen est retrouvé. Le lieutenant Kerautret et l’adjudant-chef Picard interviennent sur les lieux. L’affaire est particulièrement délicate : le général entretenait des relations avec plusieurs personnalités politiques. Sa mort pourrait donc avoir des répercussions bien au-delà de la Bretagne.
En parallèle, nous découvrons Auguste Tréguier, écrivain de romans policiers vieillissant, inspiré d’Auguste Le Breton, l’auteur de Du rififi chez les hommes et Le Rouge est mis. Installé en Bretagne, il vit avec sa femme Margot et tente de poursuivre sa carrière littéraire, tandis que le polar et les goûts des lecteurs évoluent.
Entre ses souvenirs, ses difficultés d’écriture et les événements qui secouent la région, le récit fait progressivement se rejoindre deux époques que plus de trente années séparent.
Mon avis : un hommage qui m’a laissée sur le bord du chemin
Entre secrets de guerre, enquête criminelle, milieu des truands et hommage à la littérature policière française, Auguste l’aventurier aborde plusieurs thèmes intéressants. Mais malgré une intrigue qui avait de quoi me séduire, j’ai eu beaucoup de mal à entrer dans cette histoire.
J’ai apprécié l’ambiance très particulière du roman et le travail réalisé autour du langage. On sent une véritable volonté de faire revivre les codes et la personnalité du polar d’autrefois, notamment à travers l’hommage à Auguste Le Breton. La reconstitution des différentes époques apporte également une vraie couleur au récit.
L’idée de faire se répondre les événements de 1944 et ceux de 1976 est intéressante, tout comme le mélange entre enquête, secrets de guerre, milieu des truands et portrait d’un écrivain.
Mon principal problème a été l’utilisation excessive d’un argot suranné. Je comprends la volonté de Marek Corbel de retrouver le langage des anciens polars et de rendre hommage à Auguste Le Breton. Quelques expressions auraient suffi à installer cette ambiance particulière, mais leur omniprésence a fini par rendre ma lecture laborieuse. À force de devoir décrypter certaines phrases, je perdais régulièrement le fil de l’histoire.
Le roman multiplie également les expressions grivoises, les métaphores sexuelles et les allusions parfois assez crues. Elles participent à cette reconstitution du langage des truands, mais leur accumulation m’a davantage lassée qu’amusée.
J’ai progressivement décroché d’une histoire que je trouvais de plus en plus compliquée à suivre. L’argot, déjà difficile à apprivoiser, devenait presque lancinant. À plus petite dose, je pense que j’aurais davantage apprécié ce roman et son atmosphère.
Enfin, j’attendais une enquête policière beaucoup plus présente. Le meurtre du général, ses relations politiques et les événements de 1944 constituaient pourtant une matière intéressante. Mais le récit accorde une place importante à la vie d’Auguste, à ses souvenirs et à ses problèmes d’écrivain. Cette dimension biographique a fini par prendre le pas sur ce qui m’intéressait le plus : l’investigation.
La Seconde Guerre mondiale n’étant pas non plus ma période historique préférée en littérature, je n’ai pas réussi à trouver dans cette partie du récit de quoi compenser mes difficultés avec l’écriture.
Auguste, l’aventurier s’adresse probablement davantage aux lecteurs qui apprécient les polars historiques, l’argot des années 1950 et les hommages aux grandes figures du roman noir français. De mon côté, je suis restée à distance de cette histoire. Trop d’argot, une narration déroutante et une enquête trop en retrait ont eu raison de mon intérêt.
Extraits du roman
Suzanne, comment avez-vous pu vous rendre dans cet endroit, avec nos commissions ? Nous nous verrons contraints d’appliquer une retenue. Vous êtes ignare ? Tous les bambochards, quand ce n’est pas les apaches descendus de leur zone ou de leurs fortifs, fricotent, trafiquent, violent. Madame en parlera à l’abbé Madec. Vos pauvres parents n’ont pas fini de souffrir avec vous.
Le reuz reprend dans le foyer. Ce pantalon te boudine, en plus. Trois hommes, dont un gendarme, s’approchent de la large table de formica, d’ordinaire dédiée aux fêtes de l’amicale laïque, aux repas du troisième âge. Tu reconnais le timide Tallec, le premier adjoint. Il hésite à choisir sa place Un effroi soudain te saisit. Tu te claques les joues en feu de tes doigts humides. Oui, tu n’as rien à regretter.
Ils peuvent toujours jacter autour de leur polar engagé, n’importe quoi. On a les mêmes références, même si mes romans sentent plus l’alpaga, la pissotière de Ménilmuche que les leurs. Et c’est ça qui plaît. Melville, avant qu’il ne casse sa pipe, m’a confié que la MGM était intéressée par les droits de « Bob le flambeur


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