LES CONTES QU’ON NE RACONTE PAS
AUSSI SOMBRE QUE MODERNE
Une relecture sombre des contes de notre enfance
Le Petit Chaperon Rouge… sang
Émilie a 12 ans et sa vie est loin de ressembler à celle d’une enfant insouciante. Entre Kevin, son voisin de classe dont les comportements déplacés la mettent mal à l’aise, et une mère qui rentre régulièrement alcoolisée et peut se montrer violente, la jeune fille évolue dans un quotidien difficile. Ce soir-là, sa mère lui demande d’apporter un roman à sa grand-mère Arlette. Émilie doit donc traverser le bois, un endroit qu’elle imagine déjà peuplé de personnes dangereuses et de prédateurs. Une simple mission qui prend rapidement une dimension beaucoup plus inquiétante.
Hans seul et Bretzel
Hansel et Gretel sont ici deux enfants vivant dans une cité et confrontés à une situation familiale et financière particulièrement précaire. Hansel, 13 ans, se considère comme le protecteur de sa petite sœur Gretel. Le jour des allocations est aussi celui des disputes entre leurs parents. La famille manque d’argent et les enfants comprennent qu’ils pourraient devenir un poids pour leurs parents.
Cette version du conte s’éloigne de la version de 1812 pour placer Hansel et Gretel dans une réalité sociale contemporaine, où la pauvreté et les difficultés familiales occupent une place centrale.
Les Trois Petits Cochons et le grand (presque) méchant loup
Dans cette nouvelle version, le loup n’est plus simplement un animal tapi dans la forêt. Il cherche de quoi se nourrir et porte notamment son attention sur les trois petits cochons. Il parvient à s’approcher de leur maison et son objectif est particulièrement macabre : mettre les trois porcelets dans son congélateur avant le lever du soleil. Naf-Naf, Nouf-Nouf et Nif-Nif comprennent rapidement à qui ils ont affaire et doivent alors tenter de se défendre. Une version décalée et sanglante.
La Bourgeoise au bois dormant
Cette fois, place à une princesse très éloignée de l’image traditionnelle de la Belle au bois dormant. Elle est la fille d’un milliardaire. À 25 ans, elle mène une existence privilégiée et entièrement financée par l’argent de son père. Elle ne manque de rien et n’a jamais eu besoin de travailler pour obtenir ce qu’elle désire. Mais son anniversaire va être marqué par une rencontre intrigante. Une femme plus âgée, vêtue de noir, attire son attention. Sa rencontre avec cette inconnue va précéder une malédiction qui la plonge dans un sommeil de cent ans.
À son réveil, une question se pose alors : dans quel monde cette jeune femme va-t-elle se réveiller après un siècle ?
Les Souliers rouges
Karine a 16 ans et vit avec sa mère qui s’occupe d’elle malgré des conditions de vie difficiles. Elles ont peu de moyens et leur quotidien devient progressivement de plus en plus compliqué. Mais son existence bascule lorsqu’elle devient orpheline. Les services sociaux interviennent et la jeune fille est placée dans différents foyers. D’un endroit à l’autre, elle se retrouve déplacée au gré des décisions des adultes, comme un pion que l’on déplace sur un plateau. Une nouvelle étape de sa vie pourrait cependant commencer lorsqu’elle décroche un poste de serveuse dans un restaurant.
Barbe-Bleue
Daphné se rend au vernissage de la première exposition de son meilleur ami Xavier, un artiste qu’elle connaît depuis près de dix ans. Au cours de cette soirée, elle rencontre un homme particulièrement séduisant. La soirée se termine chez lui, dans un univers luxueux auquel Daphné n’est pas habituée. L’homme semble alors tout droit sorti d’un conte de fées. Mais derrière cette apparence idéale se cache une histoire beaucoup plus inquiétante. L’homme a déjà été marié à plusieurs reprises et ses précédentes épouses ont toutes disparu.
Mon avis sur Les Contes qu’on ne raconte pas
Prendre des contes aussi populaires et connus de tous pour en faire des revisites façon thriller psychologique est une idée que j’ai trouvée intéressante. J’ai aimé retrouver des histoires que l’on connaît déjà, tout en découvrant ce que Romuald Serrado pouvait en faire dans un contexte moderne. C’est justement cette confrontation entre les histoires de notre enfance et les préoccupations actuelles qui m’a intéressée dans Les Contes qu’on ne raconte pas. L’idée de reprendre des contes populaires pour les transformer en récits contemporains, teintés de thriller psychologique et d’horreur, est particulièrement agréable.
L’auteur ne se contente pas de reprendre les grandes lignes des histoires originales. Il les fait entrer dans notre quotidien avec des références à Amazon, à l’intelligence artificielle, aux cryptomonnaies, aux réseaux et plus largement aux nouvelles technologies. Ces éléments permettent de rappeler que les contes peuvent encore trouver leur place dans notre époque, même lorsqu’ils ont été écrits il y a plus d’un siècle.
Parmi les six récits, j’ai eu une préférence pour Les Souliers rouges et Barbe-Bleue. Ce sont les histoires qui m’ont le plus accrochée, notamment parce qu’elles sont plus longues et laissent davantage de temps pour s’attacher aux personnages et suivre leur évolution.
J’ai également trouvé une différence assez nette entre les premières et les dernières nouvelles. Les trois premiers récits sont très courts et utilisent un vocabulaire plus cru, parfois vulgaire. Des nouvelles originales mais qui ne m'ont pas plu, plus que cela. Je trouve que la quasi finalité des histoires sont finalement toujours identiques.
Les deux dernières histoires en revanche, Les Souliers rouges et Barbe-Bleue, sont davantage développées et racontées, ce que j’ai trouvé plus agréable à lire et m’a permis de mieux entrer dans les histoires. J’essaie pourtant de lire davantage de nouvelles, même si je ne suis pas spécialement fan de ce format que je trouve souvent trop court et pas assez développé. Cependant, ces deux dernières histoires m’ont redonné un peu plus goût à ce type d’écriture et m’ont donné envie de continuer à découvrir ce format.
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