PLONGÉE DANS LES SECRETS DE
L’ENLUMINEUR DE LA NUIT
Plongé entre Brest et le XVIe siècle, L’enlumineur de la nuit entraîne dans une enquête douce-amère où l’Art médiéval prend une place inattendue. L’autrice tisse un lien subtil entre faits contemporains et drames anciens, sans dévoiler trop vite ses secrets. Ambiance cosy, touches historiques et mystère feutré composent un roman qui joue avec le temps et les passions.
Chronique : L’enlumineur de la nuit • Laure Le Mével
L’histoire s’ouvre à Brest, peu après un décès suspect. Le lieutenant Alex Cavaro, habitué aux trafics urbains plutôt qu’aux pinceaux médiévaux, découvre chez la victime un véritable atelier d’enlumineur mêlant pigments, feuilles d’or… et poisons capables de faire frémir n’importe quel enquêteur. Arsenic, plomb, cyanure : tout laisse penser que l’homme jouait avec des substances dangereuses. Son fils assure pourtant que tout cela n’était que matériel professionnel.
Parallèlement, Camille Serva, jeune rousse passionnée d’Art, retrouve Alex qu’elle connaît depuis une précédente affaire. Tous deux s’étaient promis de ne jamais mélanger amour et travail, mais Camille n’arrive pas à rester spectatrice. Curieuse, vive, intuitive, elle veut comprendre le monde de l’enluminure pour aider Alex sans se mêler officiellement au dossier.
L’affaire bascule quand le fils de la victime est retrouvé mort quelques minutes après avoir discuté avec Camille. Un accident ? Deux dans la même famille, cela semble beaucoup pour une coïncidence. De plus, la sœur du jeune homme, Eliza Devernois, échappe de peu à une noyade. Quelqu’un veut clairement éliminer cette lignée, mais pourquoi ?
Alex, épaulé par l’adjudant Kervella, redouble d’efforts. Le quartier Saint-Thomas devient un point de départ pour comprendre ce que cette famille cache réellement. Pendant que la police avance, Camille poursuit une enquête officieuse, discrète mais efficace.
En parallèle, une seconde trame transporte au début du XVIe siècle, auprès d’Héloïse, jeune fille brillante mais condamnée par les normes de son époque. Experte dans la fabrication des pigments, elle a développé une connaissance fine des plantes, y compris de leurs aspects toxiques. La mort de son père, qu’elle attribue à un empoisonnement, la bouleverse, mais c’est le mépris de son frère, pourtant maître enlumineur, qui déclenche sa vengeance. Héloïse le tue avec les mêmes couleurs qu’il utilise pour peindre.
Les échos entre les deux époques deviennent troublants : un enlumineur assassiné par son fils, une jeune femme manipulant les poisons… Les similitudes interrogent et nourrissent le mystère central.
Alex et Camille, chacun à leur manière, rassemblent les pièces de ce puzzle où l’Art médiéval, les secrets familiaux et les poisons anciens forment une trame en miroir.
Avis Roman : L’enlumineur de la nuit • Laure Le Mével
Ce roman n’entre pas dans la catégorie des grandes enquêtes policières très techniques. Il s’inscrit plutôt dans l’esprit d’un cosy mystère où l’ambiance l’emporte sur l’action. Les thèmes du livre - art médiéval, héritages familiaux, poisons, passions contrariées, liens entre passé et présent - créent une atmosphère attrayante et immersive.
J’ai aimé suivre Camille, dont la sensibilité artistique donne un charme particulier à l’enquête. Elle avance avec prudence mais passion, et son implication apporte une douceur qui équilibre bien les drames autour des Devernois. Les décors comme les brocantes, les marchés, les bals médiévaux ou les ateliers d’enluminure enrichissent la narration, offrant un cadre authentique.
Alex Cavaro, quant à lui, remplit son rôle d’enquêteur sans surenchère. On le suit dans une affaire criminelle qui reste accessible, jamais lourde. L’alternance entre les époques donne du relief au récit, et la partie historique, centrée sur Héloïse, se révèle intéressante et énigmatique.
Le roman procure un vrai plaisir de lecture à celles et ceux qui aiment les mystères doux, les touches historiques et les récits où les passions humaines se mêlent aux couleurs et à l’Art.
Extraits Roman : L’enlumineur de la nuit • Laure Le Mével
Le rapport de l’autopsie était clair : empoisonnement à l’arsenic par ingestion. Machinalement, il feuilleta les autres éléments, photos du corps, disposition de la pièce… Ses yeux s’arrêtèrent sur un ensemble de photographies de l’endroit où avait été retrouvée la dépouille. Faits pour le moins inhabituels, on y découvrait des calames, parchemins, feuilles d’or et toutes sortes de pigments en poudre dont les couleurs s’étalaient en dégradés dans des fioles en verre sur une étagère. Sur toutes les personnes susceptibles de mourir à Brest, il avait fallu que le sort s’acharne sur un illuminé, c’était le cas de le dire, adepte de l’enluminure médiévale.
Je ne suis pas vraiment experte en Art médiéval et encore moins en enluminures et fabrication de pigments, mais j’ai probablement quelques contacts qui pourront me communiquer des informations, proposa-t-elle. Je dois justement aller à Paris demain pour une conférence au musée d’Orsay. Je pourrais peut-être pousser ma balade jusqu’au musée de Cluny. Il s’agit d’un des plus grands musées d’Art médiéval d’Europe. S’il y a un endroit où le travail des enlumineurs n’a pas de secret, c’est bien là-bas.
Tout comme pour votre père, il semblerait qu’on ait empoisonné votre frère. On a retrouvé des traces de substances toxiques dans son sang. Autant votre père aurait pu être en contact avec des solutions dangereuses en procédant à la fabrication de ses pigments, autant votre frère semblerait les avoir ingérées via le contenu de la tasse que l’on a retrouvée sur son étal du marché. Peu de chance que cela y soit arrivé par erreur.
Une coupure de leur connexion Internet avait eu raison de leurs velléités de demeurer chacun dans leur chambre derrière leurs ordinateurs respectifs. Et tous avaient fini par rejoindre l’espace commun dans l’espoir de partager un peu de chaleur humaine. Pour l’occasion, Camille avait revêtu un pyjama bien douillet, surmonté de son plus beau pull de Noël rouge et blanc, orné d’une multitude de flocons de neige. Emmitouflés dans des plaids multicolores, ils refaisaient le monde en écoutant les éléments se déchaîner à l’extérieur de l’accueillant foyer. Ne manquait qu’un bon feu de cheminée, celle de la maison n’étant plus fonctionnelle depuis longtemps, pour parfaire l’ambiance.


Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
Merci pour votre commentaire. Bonne journée